Prostitution : être client?

Si la question du choix doit être posée, posons-la aux clients. Pourquoi des hommes choisissent-ils d’acheter les corps de millions de femmes et d’enfants, d’appeler ça du sexe, et d’en tirer, apparemment, un grand plaisir? (sur le site de l'Unesco)

29 octobre, 2009

Bientôt un méga bordel à Bruxelles? Soirée de discussion



Quinzaine des Femmes 2009 – Bruxelles-Ixelles

LA PROSTITUTION N’EST PAS LA SOLUTION

Soirée de discussions, film, débat

Lundi 16 novembre à 19.30 heures

Salle de Conférence de l’Hôtel de Ville de Bruxelles – Grand Place – 1000 Bruxelles

La Région de Bruxelles-Capitale réfléchit à se doter d’un méga-bordel et d’une zone de prostitution

(comme déjà à Anvers et bientôt à Liège).

Quelles en sont les conséquences pour les femmes (prostituées ou non) ?

Pour la société ?

Qui en profite ?

PRESENTATION DU FILM « PAS A VENDRE » DE MARIE VERMEIREN



Avec la participation du Conseil des Femmes Francophones de Belgique, de EPACVAW/Lobby européen des Femmes, des responsables politiques de la Région bruxelloise …
.

ENTREE GRATUITE mais réservation souhaitée au CFFB par téléphone : 02/229.38.21, par fax : 02/229.38.20, par courriel : cffb@amazone.be

16 octobre, 2009

Un corps sans vie de 19 ans



Ceux qui défendent la "liberté de se prostituer", ou qui pensent que la prostitution "libre" existe, doivent absolument regarder ce documentaire. Il n'y a plus qu'à trouver quelqu'un qui l'a enregistré, parce qu'il n'est pas en vente!



Résumé

Le 22 novembre 1999, la police retrouve le corps sans vie de Ginka Trifonov, une prostituée bulgare, sur un terrain vague situé à l'angle du boulevard Mac Donald et de la rue de la clôture, dans le XIXe arrondissement de Paris. Les faits avaient suscité l'émotion de l'opinion publique française. L'assassin a depuis été arrêté, jugé et condamné. Ce film reconstitue la vie et le parcours dramatique de cette jeune fille de 19 ans, depuis son départ d'un village du nord de la Bulgarie jusqu'à son terrible destin. A travers son exemple se dessine le quotidien des filles de l'Est venues se vendre à l'Ouest mais aussi le fonctionnement des réseaux de prostitution, notamment le réseau albanais.

Critique de Télérama (qui met 2 T)

Documentaire de Mosco Boucault. Avec le concours de Philippe Broussard (France, 2007). 75 mn. Inédit.

Fin novembre 1999 à Paris, une vieille dame venue comme chaque matin nourrir les chats errants au-delà des boulevards extérieurs, découvre un corps lardé de vingt-deux coups de couteau qui baigne dans son sang. Celui de Ginka Trifonova, jeune Bulgare de 19 ans qui survivait clandestinement en se prostituant et dont la mort tragique ne trouvera personne à émouvoir. Avec la patience et les efforts que l'on réserve habituellement aux grandes affaires criminelles, Mosco Boucault s'est attaché (avec Philippe Broussard) à reconstituer le parcours de Ginka. Parcours désespérément banal d'une adolescente solitaire, partie de chez elle un an plus tôt et dont l'itinéraire traverse la Grèce et la Belgique, pour s'arrêter en France.
Les témoignages recueillis auprès de ceux qui l'ont connue esquissent le portrait en creux d'une enfant perdue, pareille à beaucoup d'autres. A travers elle, ce sont toutes les victimes de la misère de l'ancien bloc de l'Est, du trafic des corps et du proxénétisme que Mosco Boucault rappelle à notre conscience, dans ce documentaire pétri d'humanité, dont la modestie apparente tient d'une vraie délicatesse. En restituant à ce cadavre son nom et son histoire, Un corps sans vie de 19 ans rend une forme de dignité à toutes les femmes qui, comme Ginka Trifonova, ont vu leurs espoirs d'une vie meilleure ruinés par la brutalité du monde et la cupidité des hommes.

François Ekchajzer

Parlez pour vous, M. Mitterrand !


Lettre ouverte de Florence Montreynaud à Frédéric Mitterrand, Ministre français de la culture.

Sur le site Encore f éministes
http://encorefeministes.free.fr/actions/action46Mitterrand.php3

Monsieur,
Quand vous avez été nommé directeur de la Villa Médicis, puis ministre de la Culture, s'est vérifiée une « exception française » : dans les autres pays occidentaux, un homme ayant payé de jeunes prostitués à Bangkok et l'ayant rapporté dans un récit autobiographique se serait de ce fait exclu de tout poste officiel.

Quand vous avez soutenu le chanteur Orelsan, vous avez déclaré « ne rien voir de choquant » dans la chanson « Sale pute ! » Ne percevoir que l'expression légitime d'un « dépit amoureux » dans des paroles comme « T'es juste bonne à te faire péter le rectum […] On verra comment tu suces quand j'te déboiterai la mâchoire. […] J'vais te mettre en cloque (sale pute) Et t'avorter à l'Opinel », et rapprocher Orelsan de Rimbaud ont achevé de donner la mesure de votre sensibilité culturelle.

Quand vous avez défendu Roman Polanski, poursuivi pour un viol sur une fille de 13 ans, en parlant d'une « histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens », vous avez banalisé le crime de viol, sur mineure qui plus est. On a alors appris que, dans une lettre à en-tête de la Villa Médicis, vous aviez minimisé, en le qualifiant d'« écart », le viol d'une mineure commis par deux garçons que vous protégez. Vous persistez donc à secourir des agresseurs en vous plaçant au-dessus de la loi.

Quand le scandale éclate et que le 8 octobre vous vous expliquez au Journal de TF1, vous déclarez, au sujet de vos actes de prostitution à Bangkok : « Que vienne me jeter la première pierre celui qui n'a jamais commis ce genre d'erreur au moins une fois dans sa vie ! » Selon vous, exploiter la misère en payant des actes sexuels ne serait qu'une « erreur », et vous la justifiez en osant prétendre qu'elle est générale.

M. MITTERRAND, NE PARLEZ PAS POUR NOUS !

NON, tous les hommes n'ont pas payé pour un acte de prostitution! Et toutes les femmes encore moins !

Respectez celles et ceux pour qui la sexualité humaine est la rencontre, dans la gratuité, de deux désirs !

30 septembre, 2009

La prostitution occasionnelle



La prostitution occasionnelle

La télévision (surtout les chaînes grand public) et les magazines populaires adorent ce sujet très accrocheur. Régulièrement, une émission ou un article qui étudient soi-disant les faits de société se penche sur le phénomène de la prostitution occasionnelle. Avec la crise financière, celle-ci aurait pris de l’ampleur.

L’industrie du sexe joue depuis longtemps avec ce concept vendeur. Beaucoup de call-girls sont présentées comme des étudiantes. Cela permet au client prostitueur de croire qu’elles ne sont pas « usées» par le « métier », qu’elles sont plus « fraîches », qu’un autre n’y est pas passé juste avant, et que c’est véritablement un choix de leur part. Les call-girls sont d’ailleurs obligées d’accepter d’embrasser et de faire comme si elles y trouvaient sexuellement leur compte.

La mère de famille qui fait des passes pendant que ses enfants sont à l’école et son mari au travail fait aussi recette. Il y a l’excitation supplémentaire de voler la femme d’un autre qui ressemble à l’adultère.

Quelle meilleure façon de se déculpabiliser que de penser qu’on aide une mère de famille à acheter des jouets pour ses enfants ou une étudiante à financer ses études ?

En réalité, celles qui se lancent dans la prostitution occasionnelle sont l’exception et, encore plus que les autres, pensent le faire très provisoirement. Mais la plupart y restent. Peu réussissent à terminer ces études, à équilibrer ce budget, à cause des horaires incompatibles, de la prise de « stimulants » pour pouvoir le faire, de la honte, de la peur d’être découverte, et surtout de l’argent qui arrive et avec lequel on s’habitue à vivre. Alors, pourquoi s’échiner à décrocher un diplôme qui ne permettra, si il débouche sur un emploi, que de gagner beaucoup moins ? Ou comment renoncer à cet argent qui manque à nouveau ? Pourquoi ne pas continuer, puisque elles sont « habituées » ? Le traumatisme, le dégoût premier sont enkystés, tenus à l’ écart. Elles ne restent pas « indépendantes » bien longtemps, l’industrie du sexe ne va pas perdre une recrue déjà sur les rails donc rentable, et va bien vite leur imposer sa « protection ».

La prostitution occasionnelle qui prendrait de l’ampleur fait fantasmer beaucoup d’hommes, clients de la prostitution ou pas. Plus que jamais, toutes les femmes sont des "putes". C’est le monde merveilleux du macho, entouré de femmes à qui il peut demander : c’est combien ? Celle qui enseigne à ses enfants, celle qui lui vend son journal, celle qui tape son courrier…

Lora Crohain

17 septembre, 2009

Sortie le 25 novembre 2009 au cinéma : La Domination Masculine





Le dernier film de Patric Jean - Sortie le 25 novembre 2009

Le blog du film


http://www.ladominationmasculine.net/home.html

Résumé sur Evene.fr


En commençant par le cas extrême d'un homme qui tue quatorze femmes simplement parce qu'elles prennent la place des hommes dans la société, le narrateur se met subjectivement en quête de ce qui, dans le monde occidental, permet, organise ou justifie l'injustice et la violence envers les femmes, le patriarcat. Au travers de situations cocasses ou déchirantes, le film explore sans tabous notre monde actuel, dans plusieurs pays (Belgique, Québec, France), pour brosser le portrait d'une domination masculine partiellement contestée dans laquelle l'homme se bat néanmoins pour trouver sa juste place et où les femmes continuent trop souvent de souffrir.

Patric Jean parle de son film sur VIMEO
Partie 1
http://www.vimeo.com/5716536
Partie 2
http://www.vimeo.com/5726170


Pour les hommes



Manifeste des hommes


A l'initiative de Patric Jean cinéaste né en Belgique 1968. Il a étudié le théâtre et le cinéma à l'Université libre de Bruxelles (ULB), au Conservatoire royal de Bruxelles et à l'INSAS.

Il vit et travaille entre Paris et la Belgique.

Il a débuté avec des courts métrages de fiction et est passé au documentaire avec "Les enfants du Borinage - Lettre à Henri Stork", un film au sujet du déterminisme social dans une région très pauvre de Belgique où le film provoqua une polémique très vive.
Son second film "Traces" est un court docu fiction à propos et avec le peintre Didier Mahieu.

En 2003, Patric Jean réalise "La raison du plus fort", un autre film très politique à propos de la criminalisation de la pauvreté. Le film a été montré à la télévision dans une quinzaine de pays et est sorti dans 40 salles en France.

En 2008 : "D'un mur l'autre- de Berlin à Ceuta" film documentaire.
Du nord au sud, Patric Jean part avec humour et tendresse à la rencontre d'hommes et de femmes qui ont migré des quatre coins du monde et qui composent cette nouvelle société, y participant avec énergie et générosité.


"Nous considérons comme obsolètes les valeurs traditionnelles de domination des femmes par les hommes qui sévissent dans toutes les civilisations et toutes les classes sociales. Nous déclarons que l’égalité entre les hommes et les femmes est un but juste et légitime, et qu’il est nécessaire de tout mettre en place pour y parvenir immédiatement."

Suite ici

http://www.ladominationmasculine.net/petition-des-hommes.html

A signer et à diffuser.


13 septembre, 2009

"Assistance sexuelle" aux handicapes



Pourquoi je ne soutiens pas l’idée d’une « assistance sexuelle » aux handicapés.

Mise en place dans les pays qui ont légalisé la prostitution (Allemagne, Suisse, Pays-Bas), l’ »assistance sexuelle » aux handicapés fait l’objet d’une demande en France, de la part d’associations de handicapés au nom de l’égalité.
Certains, convaincus que le néo-abolitionnisme à la suédoise est la seule solution efficace et acceptable pour limiter l’oppression des femmes par la prostitution ainsi que le trafic des être humains, défendent pourtant cette exception. Joël Martine notamment, qui, dans un texte brillant Viol-Location, démontre l’inhumanité, l’injustice et le caractère injustifiable du système.

http://www.millebabords.org/spip.php?article10543

Je ne soutiens pas cette proposition, qui contredit et déforce le propos abolitionniste.
Je lui ai fait part de mon désaccord sur ce point. Je précise ici ma pensée.
Il n’y a pas de besoin sexuel, ce n’est plus à démontrer. Il n’y a pas non plus de droit à avoir un partenaire sexuel, ni pour les personnes valides, ni pour les personnes handicapés.
Un être humain suffisamment harmonieusement construit a des solutions adultes à son éventuelle frustration sexuelle : la masturbation, l’imagination et les fantasmes, la sublimation. Sublimer, c’est faire autre chose de cette énergie sexuelle, quelque chose de valorisé, valorisant socialement. Bref, créer, ajouter du positif à sa vie.
Les personnes handicapées physiques ne sont pas handicapées psychiquement et sont des adultes comme les autres.
Leur dénier toute séduction, ce qui les rendrait d’office incapables de nouer une relation, est insultant. « Handicapé physique » n’est pas synonyme de repoussant, pas plus que « gros » ou « acnéique. » Les exemples sont nombreux de personnes en situation de handicap qui ont une sexualité satisfaisante.
De plus la sexualité ne se résume pas et n’est pas limitée à la pénétration ou à recevoir du plaisir. Les baisers, les caresses, les étreintes, l’auto-érotisme, sont de la sexualité. Quand elle est pratiquée à 2 (ou plus) elle est échange et partage. Elle ne se limite pas à l'hétérosexualité non plus.
Quant aux personnes handicapées mentales, celles qui ont envie de se masturber doivent être éduquées. Le respect d’eux-mêmes et des autres, demande qu’ils-elles s’isolent pour le faire, comme les valides.
Certains ne savent physiquement pas se masturber, ni sublimer, par manque de ressources psychiques, et en souffrent ; cela doit être considéré comme un problème médical, et cela doit être traité comme tel.

Les personnes handicapées ont besoin de chaleur humaine, d’attention, comme chacun. Un service, une assistance qui leur donne accès au corps d’autrui, même consentant, même bénévole, est un manque de respect à leur égard. C’est les mettre un peu plus au ban de la société en leur déniant un statut d’adulte. Dans un monde qui les discrimine, leur interdit l'accès de la plupart des bâtiments et des écoles, les assigne à des rôles d'assisté-es permanent-e-s, les présente comme asexué-es et marginalise les rapports sexuels et affectifs entre valides et non-valides, leur lutte pour l'autonomie qu'on leur refuse doit inclure l'autonomie sexuelle.
Presque certainement, de plus, ils projetteront des sentiments amoureux dans ces actes sexuels, gage de réelles souffrances, dépendance supplémentaire.

Les « assistants sexuels », seraient bien payés pour ce « travail » pénible puisque évidemment, on ne pourrait retenir ceux qui y prendraient du plaisir. Ce seraient évidemment aussi en majorité des femmes, puisque la demande serait essentiellement masculine. C’est la définition même de la prostitution changer le nom ne change pas les actes (Legardinier).
L’égalité, c’est les mêmes droits et devoirs pour tous. L’égalité, pour les handicapés, c’est être considérés avec respect comme des personnes respectables et respectueuses. C’est ne pas faire d’eux des exceptions parmi les hommes.

Toute exception au principe d’abolitionnisme est la porte laissée ouverte à l’industrie du sexe qui aura vite fait de s’engouffrer dans cette faille pour réclamer l »assistance sexuelle » pour d’autres personnes qui estimeront y avoir droit elles aussi : tous ceux qui rencontrent des difficultés à établir des relations avec des partenaires, pour quelque raison que ce soit, comme par exemple les personnes privées de liberté, les timides...
L’industrie du sexe, lâchant la vieille rengaine des « besoins sexuels irrépressibles des hommes » joue déjà sur le concept de « sexe récréatif ». Les proxénètes se reconvertiront aisément en fournisseurs « d’assistantes sexuelles » pour tous ceux, déjà pour la plupart clients de la prostitution qui s’estiment discriminés sexuellement. On est toujours handicapé par rapport à quelqu’un…

Je remercie quelques personnes qui m'ont aidée par leurs commentaires. Elles se reconnaîtront si elles passent par ici! :)

Lora Crohain

Lire ici "Assistance sexuelle pour handicapés ou prostitution"
par Claudine Legardinier, journaliste, Malka Marcovich, historienne, Sabine Salmon, présidente nationale de Femmes solidaires, Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes.

http://www.liberation.fr/societe/0101583552-assistante-sexuelle-pour-handicapes-ou-prostitution


12 septembre, 2009

Reportages- Temoignages

Pour montrer la réalité du tourisme sexuel


Témoignage de Satia qui est sortie de la prostitution

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo
Avec Satia. La prostitution, on peut s'en sortir ! sélectionné dans Actualité

Ce reportage de Marie-Claude Montpetit, juriste et ancienne conseillère en immigration au Québec, n'a jamais eu le droit d'être rediffusé sur les chaînes de télés de l'Amérique du Nord, et jamais en Europe.

Départ des anciennes républiques soviétiques, destination : Amérique du Nord et Europe.
















Réseaux africains - Paris






Yvonne, prostituée à Oklaoma City







En Russie
, la prostitution est interdite par la loi. Mais selon des estimations, il y aurait près de 100 000 prostituées rien qu’à Moscou. Celles qui ne travaillent pas dans les bars chics sont exposées dans les passages sous-terrains où elles sont mises en rang d'oignons suivant leur prix.




Les "clients de la prostitution" Documentaire de Hubert Dubois



Comparant les propos des filles et ceux des clients, ce document porte un regard sans concession sur la prostitution. Cinq prostituées ou anciennes prostituées, décryptent les paroles de ces clients et mettent en évidence le fait que la prostitution est toujours, systématiquement, une violence fondée sur une double domination: celle de l’homme sur la femme et celle de l’argent.







Documentaire “Les Clients de la prostitution” Partie 3
envoyé par Francki94



Le papier ne peut pas entourer la braise


Diffusé plusieurs fois à la télévision.


Un film de Rithy Panh, réalisateur de "S21, la machine de mort Khmère rouge".

Ce film a reçu le FIPA D’OR 2007 dans la catégorie documentaires de Création et Essais.

Vodeo TV le propose en téléchargement (payant).

http://www.vodeo.tv/4-32-4303-le-papier-ne-peut-pas-envelopper-la-braise.html

Résumé

Aun Tauch, Da, Mab, Phirom, Môm : elles sont des dizaines dans le Building blanc, au centre de Phnom Penh au Cambodge, à travailler chaque soir sous la surveillance d'un "placeur" chargé de rabattre les clients.

De très jeunes femmes, prostituées dès l'adolescence, viennent de la campagne pour vendre à la capitale leur virginité. Très vite, le peu d'argent auquel elles ont droit sert, non pas à nourrir leurs familles, mais à rembourser les dettes contractées auprès de leurs patrons, qui les tiennent ainsi prisonnières, et à acheter le mâ, cette drogue à base d'amphétamines qui leur permet de tenir.

Misère matérielle et affective, sida, avortements à répétition, honte, mais aussi chants et rires, disputes et bavardages sans fin sont leur lot quotidien.

Critique de Télérama
(2T)
http://television.telerama.fr/tele/emission.php?id=14911239






La prostitution en Thaïlande





22 juillet, 2009

La prostitution nuit gravement aux hommes



La prostitution nuit gravement aux hommes



Jusqu’il y à peu, quand le sujet de la prostitution était abordé, le « client » était le grand absent de la présentation du système. L’idée qu’il s’agissait d’un homme esseulé, inhibé, était sous-entendue. Il était d’office excusé, voire plaint.
Les travaux de Sven-Axel Manson et de Claudine Legardinier et Saïd Bouamama entre autres, l’ont fait sortir de l’ombre et ont montré que le « client », c’est « Monsieur tout le monde ». Les différents groupes sociaux sont également représentés, la fréquence du recours à la prostitution dépendant essentiellement des revenus. La plupart de ces hommes vivent en couple et ont des enfants.
Il semble donc intéressant de chercher le fil conducteur qui permettra de mieux comprendre pourquoi des hommes, que la plupart du temps rien ne rapprocherait, se partagent « en frère » l’usage du corps des mêmes femmes. Comment se construit un « client ?

Devant l’ampleur que prend la traite des êtres humains à fin d’exploitation sexuelle, beaucoup de pays, même ceux qui ont légalisé la prostitution, veulent décourager la demande par des campagnes de sensibilisation destinées au « client ». Il est enfin reconnu que c’est la demande qui crée l’offre et donc que le « client » est le premier acteur et responsable de ce système. C’est un premier pas, même si cette initiative peut être récupérée, comme l’a été la campagne Don Juan en Suisse dont le but était de rendre les « clients » responsables, polis, propres et non-violents, et qui, in fine, a fait la promotion de la prostitution en la banalisant. De plus, s’attendre à ce que ce soit le « client » qui dénonce la traite me paraît pour le moins utopique.
D’autres pays, comme récemment le Royaume-Uni, ont légiféré et sanctionnent les « clients » de femmes visiblement victimes de la traite, même s’ils disent l’ignorer. Un pas de plus est donc franchi vers la reconnaissance du rôle premier du « client » dans ce système et du caractère contraire à la dignité humaine de la prostitution. Cette loi est objectivement inapplicable et changera peu ou pas du tout la situation des femmes prostituées dans ces pays, mais, le rôle du « client » est pointé et il sort de l’anonymat.

D’autres pays, enfin, ont franchi le dernier pas en pénalisant l’ »achat de services sexuels » et en reconnaissant le statut de victime des personnes prostituées. Près de chez nous, la Suède fut précurseur en 1999, la Norvège et l’Islande suivirent en 2009.

Le « client » doit-il absolument être arrêté par une loi? Pour la plupart, ce sera nécessaire, suivant le principe que ce qui n’est pas interdit est permis et que ce qui est permis est très facilement considéré comme normal. Une loi d’interdiction est un signal fort de la société : acheter du sexe est inacceptable.
Cette limite précise, outre le fait qu’elle constitue un arrêt net, un empêchement, peut alors donner l’occasion à ces hommes de réfléchir au pourquoi et au comment ils sont devenus « clients ». Nous pouvons en effet penser qu’une interdiction légale ne suffit pas. Dissuasive pour certains, elle n’aura pas d’effet sur d’autres qui transgresseront. Ne plus être « client » par conviction est évidemment la solution idéale, tant pour éviter les récidives que pour l’équilibre de ces hommes.
D’autres « clients », dont certains ont le courage de témoigner, auront une prise de conscience personnelle du fait que leur pratique prostitutionnelle est contraire aux droits de l’être humain, ne se justifie pas, ne leur est pas nécessaire et leur porte aussi préjudice.
La compréhension est la première étape du changement. Nous essayerons ici d’en jeter les bases.

Il sera ici question des clients-prostitueurs qui ont recours aux femmes, ce qui est la situation de loin la plus courante, même si ce sont des hommes aussi les principaux « clients » des hommes et des enfants prostitués. Ces pseudo-catégories ne sont d’ailleurs que théoriques. Catégoriser permet au consommateur « ordinaire », de se donner bonne conscience parce qu’il s’adresse, d’après lui, de façon « naturelle » et hétérosexuelle, à des femmes adultes dans une relation contractuelle. Il peut ainsi s’insurger contre les autres pratiques et la prostitution « forcée ». L’analyse de terrain contredit cette fiction. Quelques exemples : comment, pour un européen, différencier une africaine de 12 ans et une de 16, âge légal pour se prostituer en Suisse ? Comment déterminer objectivement si la prostituée est victime du trafic ? De plus, ce sont des « clients » de prostituées qui louent en majorité des travestis et parmi ceux qui pratiquent le tourisme sexuel pédophile, il y a beaucoup de « clients » de la prostitution classique dans leur pays, surtout parmi ceux qui ont légalisé la prostitution.
Il n’y a qu’une façon d’être prostitueur : exercer un pouvoir sur un autre être humain, par l’argent et pour le sexe, nier son humanité en le réduisant à l’état d’objet, quel que soit son âge, son sexe. Qu’ils soient violents ou pas, polis ou pas, tous sont complices des agissements des autres « clients ». C’est toujours l’expression d’une double domination : celle de l’homme sur un plus faible physiquement, psychologiquement ou socialement (une femme, un enfant, un homme…) et celle du riche sur le pauvre. Leur choix entre enfant, homme, femme, hermaphrodite, trans etc. ne dépend que des cahots, du chaos, de leur histoire.
Quant aux femmes-clientes, leur nombre reste anecdotique. Voici les estimations pour la France : 10 à 15 % des hommes ont acheté du sexe au moins 1 fois, 0,6 % des femmes seulement.
Mon propos n’a en aucune façon pour but d’excuser les actes des clients - prostitueurs, ils en sont totalement responsables, mais je pense qu’il ne faut pas, comme ils le font avec les prostitué-e-s, leur dénier toute humanité. C’est celle-ci qu’ils doivent retrouver pour que, la laissant s’exprimer, ils ne puissent plus déposer leur conscience à la porte du bordel, et la reprendre en sortant.
La prostitution est présentée dans de nombreux pays comme un mal nécessaire, utile aux hommes et à la société.
Elle serait utile aux hommes parce que ceux-ci auraient des besoins sexuels que les femmes ordinaires ne pourraient satisfaire. La libido de ces dernières serait naturellement faible et, de plus, elles n’accepteraient pas certaines pratiques sexuelles. La prostitution concourrait donc à l’équilibre des hommes en servant de réceptacle au surplus d’énergie sexuelle, qui, non-évacué, serait préjudiciable à leur santé... Et par là même serait la gardienne de la paix conjugale.
Elle serait d’utilité sociale : les pulsions sexuelles des hommes étant soi-disant irrépressibles, leur permettre d’utiliser une prostituée éviterait donc les viols, et l’infidélité du mari. La prostitution serait ainsi la gardienne de la paix des femmes « honorables » et de la famille qu’elle préserverait de l’éclatement.
Des femmes, dont le « métier » est de soulager mécaniquement les hommes, devraient donc être affectées à cet usage, pour le bien de tous…
La non véracité des ces affirmations a été largement démontrée. Le rapport Hite montre bien que la libido des femmes est d’une intensité égale à celle des hommes. Mais, il est évident que les rapports sexuels comme ils sont encore souvent pratiqués dans notre société patriarcale, c'est-à-dire où les deux partenaires travaillent à mener l’homme à l’orgasme, en considérant l’orgasme féminin comme accessoire, quand il n’est pas simplement nié, ne suscitent pas un enthousiasme débridé de la part des femmes. Quant aux viols, aucune hausse de leur nombre n’a été constatée dans les pays où l’abolition est effective. De même, la crise financière qui touche aussi les « clients », qui réduisent leurs achats sexuels, n’a pas provoqué de viols supplémentaires.
Notons que l’industrie du sexe, voyant que ces affirmations ont de moins en moins de crédit, parle maintenant de « sexe récréatif », rangeant ainsi « l’achat de services sexuels » parmi les divertissements proposés aux hommes, au même titre que l’achat de billets pour assister à un match. La coupe du monde de foot 2006 en Allemagne a d’ailleurs associé les deux, foot et prostitution, avec la construction du méga - bordel Artémis pour assurer la troisième mi-temps récréative du supporter.
Les premières victimes de ce système sont évidemment les femmes prostituées, mais le « client », sans en être vraiment conscient, est également perdant, en tant qu’homme, en tant qu’être humain et en tant que citoyen. Il est à la fois le profiteur et la victime collatérale du système prostitutionnel.
Il n’y a pas de besoin sexuel, comme Philippe Brenot (psychiatre, anthropologue, directeur d'enseignement en sexologie à l'Université de Paris V, vice-président de l'Association Inter Hospitalo-Universitaire de Sexologie et président de L'Observatoire International du couple et éditeur) le dit ici :

"Il n'y a pas de besoin sexuel. Le sexe est culturel, il est le fruit d'un apprentissage. Sans manger, sans uriner, je ne pourrai pas vivre. Sans relation sexuelle de toute ma vie, il ne se passera rien. Si : une frustration. Il n'y a pas là de besoins naturels, il y a le fait d'accepter ou pas la frustration. Certains hommes se calquent sur le désir de leur partenaire, d'autres vivent une frustration et l'appellent besoin : ce sont de gros bébés qui ne sont pas construits.
Le vrai problème, c'est la frustration. Ces hommes pensent que les femmes ont le pouvoir de leur permettre d'accéder ou pas à la sexualité, ils les vivent donc comme castratrices, frustrantes. Dans la prostitution, l'homme paie pour que la femme ne puisse pas poser de limites."

Le client- prostitueur souffre d’une frustration sexuelle qu’il pense soigner en achetant un « service sexuel ». Il croit que ses pulsions sexuelles l’obligent à ce qu’il pense être un rapport sexuel mais qui en fait se résume à une pénétration. En réalité l’évacuation physique de cette tension sexuelle n’exige pas la décharge dans un corps de femme, comme ces hommes le pensent. La masturbation remplit parfaitement ce rôle.
Le passage à l’acte permet une économie psychique puisqu’il évacue les pulsions et dispense de les supporter, de s’interroger sur ce qui les stimule. Il prend la place de la symbolisation, de la parole. Après, la réflexion peut amener de la culpabilité, mais le déni et la rationalisation viennent alors l’étouffer. Le « client » dilue sa responsabilité dans le nombre, se classe dans les « bons clients », polis et non-violents qui ne fréquentent que des prostituées « libres », appelle la passe un échange économico-sexuel, et fait appel à bien d’autres stratégies justificatrices et déculpabilisatrices.
Le passage à l’acte est un mode de défense inadapté car il n’atténue pas le conflit intérieur, il le masque provisoirement.
S’acheter du sexe est une démarche infantile, facile, simpliste qui réduit la frustration sexuelle à une tension organique et la virilité à la fonction érectile.
Le « client » croit trouver une réponse à une frustration sexuelle mais ressort de sa « visite » à une prostituée avec d’autres frustrations. Une frustration sexuelle supplémentaire, puisque le « service » ne répond jamais à l’attente, c’est trop rapide, c’est minuté, elle ne fait même pas semblant d’aimer ça… ; une frustration relationnelle : c’est impersonnel, elle ne parle pas ; et une frustration émotionnelle, c’est une atmosphère aseptisée, sans tendresse. Lui aussi est traité en objet, non pas sexuel, mais producteur d’argent. Seuls les plus naïfs ou les plus frustes peuvent penser recevoir autre chose contre paiement.
Paradoxalement, il achète un corps mais voudrait une rencontre. La responsabilité en est évidemment attribuée à la prostituée. Il faut donc recommencer, avec une autre, la solution étant toujours vue comme extérieure à lui, ainsi que la défaillance.
Ces hommes ont reçu une éducation qui ne les a pas habitués aux frustrations inhérentes à la vie d’adulte. Leurs désirs - trop vite et trop souvent comblés- leur sont apparus comme des besoins qui doivent être satisfaits.
La tolérance ou la complicité de notre société l’ont conforté dans cette croyance que non seulement ses désirs sont des besoins mais qu’il a droit à leur satisfaction. En effet, si la famille est le premier lieu d’éducation, il n’est pas le seul.
Cette croyance prend sa source dans la petite enfance de ces hommes.
Très couramment, des pères n’investissent leur fils que quand il est apte aux contacts vers l’extérieur, vers la société, quand il parle, interagit.
Egoïstement, ces pères se dispensent ainsi d’un rôle qu’ils jugent inintéressant, voire dévalorisant et par là même discréditent les tâches accomplies par la mère et portent un regard dépréciateur (dépréciant ?) sur la femme dans la mère.
Le petit garçon grandit alors dans un monde clivé. Les soins, l’assistance, le bien-être physique, viennent uniquement d’une femme, disqualifiée par un homme, tandis qu’autour de celui-ci, modèle identificatoire pour son fils, plane un parfum de mystère, d’inconnu, d’aventure, de puissance fantasmée.
La mère se trouve seule à assumer l’éducation de la petite enfance, plus seule qu’une mère isolée, qui peut organiser et pallier le manque en trouvant ailleurs une représentation de la fonction paternelle, puisqu’ici, le père fait illusion de paternité par une présence uniquement physique.
Ce huis clos familial avec la mère amène souvent que ce petit garçon se vive et soit vécu comme l’élément masculin du couple. Elle passe en effet plus de temps avec lui en tant que mère, qu’avec le père en tant que compagne. Il y aurait là alors un surcroît de droit à la jouissance accordé au petit garçon, tandis que la petite fille serait plus gratifiée à l’apprentissage de la frustration, en imitation de la mère. (A la première demande du petit garçon, il est plus souvent répondu : « tiens » et à la petite fille : « attends ».) Un climat incestuel s’élabore, le père ne prenant pas sa place de parent.
Un « client », c’est un petit garçon qui demande qu’une femme lui donne le plaisir de la satisfaction de ses besoins (il prend ici sa frustration sexuelle pour un besoin comme expliqué plus haut) doublé d’un homme qui méprise celle qui donne ces soins. Il veut jouir d’une femme parce qu’elle est « à son service » comme sa mère et parce qu’il peut la considérer comme inférieure (puisqu’il la loue) pour être fidèle à son père. Cela doit rester caché, secret, et isolé de la famille, dans un lieu –apparemment– intime, pour à la fois revivre le « couple interdit » avec la mère, et en mémoire de la vie présumée secrète du père à l’extérieur de la maison. Il reproduit le clivage qu’il a connu, en se faisant une vie parallèle. La fille « publique » fait partie de la vie « privée » du « client ».
Inconsciemment, il réalise l’inceste avec une femme qui est à la fois sa mère et la femme que le père dénigre. La prostitution répond à toutes ces conditions.
Penser sa pulsion sexuelle comme un besoin est une stratégie d’économie psychique. C’est l’obligatoire première étape pour se convaincre qu’on est obligé de passer à l’acte et ainsi éviter une douloureuse remise en question.
Voilà la jouissance pathologique du « client », forcément décevante et frustrante pour lui, puisque à la fois immature et perverse (le non-désir et le non-plaisir de la prostituée faisant partie de sa jouissance, sans qu’il en soit toujours conscient).
Il souffre aussi d’un manque de confiance en lui et d’un manque de confiance dans sa virilité. Il va donc se rassurer facilement sur son pouvoir en dominant une femme (il l’oblige par l’argent ou par l’intermédiaire d’un réseau) et sur sa virilité puisque son pouvoir s’exerce par le sexe. De nouveau il a ici une vue étriquée et tronquée de la masculinité, puisqu’il la réduit à la capacité à « posséder » sexuellement une femme.
Il achète l’accès à un monde où les vieilles valeurs patriarcales sont préservées : la femme est soumise, disponible, obéissante, éternellement jeune et jolie. L’homme choisit, décide.
Notre société est soit complice, parce que ce commerce rapporte beaucoup d’argent à l’état, par les taxes qui touchent tous les commerces annexes du marché du sexe, soit tolérante. Ce sont encore les hommes qui sont majoritaires aux postes de décisions et beaucoup sont peu enclins à condamner les pratiques d’autres hommes. Le sujet n’est pas assez important à leurs yeux, ou assez urgent, à côté des questions économiques par exemple.
La justice se borne à stigmatiser la prostituée, qu’elle considère comme une femme à part, vénale, par opposition à la femme ordinaire (honorable). Elle entérine cette distinction en ne mettant pas le même zèle à secourir l’une et l’autre ou à trouver, dénoncer et sanctionner les coupables.
Les médias, par la façon dont ils traitent les nombreuses agressions et meurtres de prostituées, participent à la banalisation du système. Ils en parlent comme de faits commis sur des « prostituées », des « filles », leur enlevant ainsi leur statut de « femme », ils rendent par là même le crime moins horrible en leurs faisant porter implicitement une partie de la responsabilité. Ils ne manquent pas également de s’intéresser au mal-être de l’agresseur, qui bénéficie d’emblée de circonstances atténuantes, tandis que le vécu de la victime est ignoré.
La publicité, reflet de la société, a pour principal argument la jeune femme dénudée, objet sexuel. Le message implicite étant : acheter et consommer ce produit vous procurera une jouissance comparable à une jouissance sexuelle. Mais il fonctionne aussi inconsciemment dans l’autre sens : cette jolie jeune femme est un produit de consommation sexuelle…
La pornographie, dont les « clients » sont de grands consommateurs, et qui infiltre de plus en plus les différents secteurs sociaux, véhicule l’idée que la relation sexuelle se résume à la pénétration et que les femmes aiment être forcées. Pour beaucoup d’enfants et d’adolescents, elle sera l’unique source d’ »éducation sexuelle » et prépare donc les garçons à être « clients » et les filles à trouver la prostitution normale… Elle fonctionne comme une publicité pour la prostitution en manipulant ses spectateurs. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison de l’accès la plupart du temps gratuit à la pornographie sur internet. Pornographie et prostitution ont d’étroites connexions financières, et fonctionnent sur les mêmes inégalités avec souvent les mêmes victimes et les mêmes agresseurs.
Quant à l’école, deuxième pôle d’éducation après la famille, elle peine à se débarrasser de l’enseignement différencié suivant le sexe et des clichés sexistes qui émaillent encore les manuels. Quand le cours d’éducation sexuelle est dispensé, il se résume, dans la grande majorité des cas, à l’anatomie comparée des organes reproducteurs, en faisant l’impasse sur le plaisir. Ce qui nuit particulièrement aux filles, puisque l’organe du plaisir chez la fille, le clitoris, n’est pas joint à l’organe reproducteur contrairement au gland du garçon. On peut donc parler d’une clitoridectomie symbolique. Les hommes apprennent ainsi à ne pas se soucier du plaisir des femmes, par méconnaissance d’abord. Et cela rend difficile l’accès au plaisir sexuel pour les filles, par ignorance de leur propre corps. Le rapport sexuel est présenté comme une mise à disposition du corps de la femme pour le coït, où il lui est intimé de trouver son plaisir, pour la jouissance de l’homme. Dans la prostitution, ce schéma inégalitaire est caricaturé.
Notre société, en permettant à l’homme l’usage du corps des prostitué-e-s, donc des femmes, puisque la différence entre l’épouse, la mère, et la putain ne tient qu’à la place que les hommes lui donnent, l’empêche de chercher des solutions durables, définitives, adultes et respectueuses de lui-même et des autres.
Elle l’empêche de se poser ces questions : que faire de ma frustration sexuelle? Qu’est-ce qu’être un homme ? Où s’arrête ma liberté ? N’est-ce pas une faiblesse que de ne voir que l’industrie du sexe comme solution? Ne suis-je pas aussi victime de ce commerce en étant le fournisseur d’argent ? Ne suis-je pas naïf de croire que c’est un service qui m’est offert, et pas un système qui profite de mes manques pour me faire payer le plus possible?
Notre société nous fait croire qu’il serait positif de réaliser nos fantasmes y compris sexuels, et l’industrie du sexe en a bien compris l’intérêt commercial. Un fantasme est nécessaire en tant que fantasme, pour soutenir l’imaginaire et le plaisir. En permettant de l’anticiper, il est lui-même un plaisir. Il permet une régulation des désirs inconscients, nécessaire à la bonne santé psychique. Le fantasme entretient un manque, donc le désir. Nous pouvons même fantasmer sur un acte ou une personne qui, en vrai, ne nous procurerait que du dégoût ou de la souffrance… Avec le rêve et la sublimation, il est lui-même une façon de décharger la pulsion, sexuelle ou non.
Le passage à l’acte, ici l’achat de « services sexuels », est le signe d’un développement inachevé du « devenir adulte », d’une construction bancale du Moi, coincé au stade de l’objet partiel (Mélanie Klein), position très archaïque, originaire, précédent le langage. La réalisation d’un fantasme, parce qu’il sera d’office soumis aux limites du réel, ne peut qu’être décevante. Il prive de la liberté infinie du fantasme qui tient sa puissance de plaisir justement de son écart avec le principe de réalité.
Un autre effet de l’achat de sexe est que l’homme consommateur de prostituées a des relations malsaines, dégradées avec les autres femmes et toute la société en paie les conséquences. Les « clients » sont beaucoup plus nombreux à agresser sexuellement (en paroles ou en actes) les femmes de leur entourage. Pour beaucoup d’entre eux, en effet, toutes les femmes sont réduites à un rôle utile pour les hommes : le sexe, l’entretien, les tâches de services en général. Cela freine (empêche) l’accès à l’égalité hommes-femmes, donc pénalise la société toute entière et cela restreint et appauvrit leurs échanges sociétaux en général, puisqu’ils se privent de la moitié du genre humain comme interlocuteur valable.
Il apprend aussi à être un mauvais amant puisque une prostituée, pour en être plus vite débarrassée, le fait éjaculer le plus vite possible et refuse les préliminaires. De plus, il n’apprend rien sur la sexualité féminine, ou apprend à ne pas se soucier du plaisir de sa partenaire, puisque la prostituée ne veut évidemment pas d’orgasme. Le « client » peut uniquement espérer un soulagement organique masturbatoire.
Ce soi-disant échange économico-sexuel n’est qu’un marché de dupes. Seul l’argent est réel, le reste est une sordide comédie. Ni attention, ni relation, juste un peu de sexe extorqué, du mépris, du dégoût… Des massages en guise de caresses et une pénétration avec force lubrifiant en guise de relation sexuelle…
Le « client » est à la fois complice du système en étant l’acheteur, clef de voûte de ce commerce, et victime puisque trompé par ce système qui lui vend du faux en le manipulant.
Quant aux hommes – la grande majorité- qui ne sont pas et ne seront jamais « clients », (85 à 90 % en France), ils sont préjudiciés d’être d’office classés parmi les « clients » potentiels, soupçonnés des manques détaillés plus haut, même si certains apprécient que la prostitution existe parce qu’elle institutionnalise l’infériorité de la femme. Leur sentiment un peu défaillant d’être un homme s’en trouve consolidé sans effort. On peut expliquer par là aussi la faible participation d’emblée des hommes au mouvement abolitionniste. Les hommes portent donc eux aussi le stigmate de la prostitution, comme le dit Max Chaleil :
« Tout homme, quel qu’il soit, quelque soit sa volonté personnelle, son âge, son état civil est un client potentiel. Ainsi notre société patriarcale restreint considérablement l’autonomie de l’expression et du ressenti de la sexualité des hommes. Parce que la prostitution existe, les hommes se voient conditionnés à une sexualité où il leur faut être capables d’être « clients ».
Etre adulte, c’est canaliser et sociabiliser ses pulsions, être autonome, indépendant, se respecter, respecter l’autre comme soi-même, faire « avec » ses manques, bref, sublimer, faire de cette énergie sexuelle un puissant moteur de création.
L’homme-client se doit, pour lui, pour les autres hommes, pour les femmes, pour la société enfin, de prendre conscience que les solutions aux frustrations qui le font souffrir sont en lui. Il n’existe pas de solution extérieure, c’est une illusion entretenue par le commerce du sexe grâce à la tolérance et la passivité de notre société.
En lui se trouvent la résolution, la solution définitive de ce mal à être, les réponses qu’il cherche et ne peut pas trouver dans l’achat de sexe.
Certains font seuls ce travail. La prise conscience se fait progressivement ou soudainement. Un évènement, comme la naissance d’un enfant, une rencontre marquante, lève le voile qui masquait la réalité. Ils laissent alors grandir en eux l’empathie et il leur devient alors impossible de continuer d’utiliser d’autres comme ils ne voudraient pas être utilisés eux-mêmes ou que ceux qu’ils aiment soient utilisés. D’autres auront besoin de l’aide d’un thérapeute pour avoir accès à cette évidence et voir en l’autre un alter ego.
La paix, l’équilibre, l’amour de lui-même et des femmes, le plaisir de la séduction et de l’attente, la découverte du plaisir sexuel donné et reçu, lui viendront alors, d’un travail personnel, d’un face à face (affrontement ?) avec son histoire et ses blessures. Ne se sentant plus menacé par les femmes, il pourra abandonner l’idée fausse que la masculinité se construit sur l’avilissement de la féminité.
Reconnaître et accepter les failles parentales et les siennes propres lui permettront de se réparer, de se reconnecter avec ses émotions, d’achever le processus du « devenir adulte » et d’avoir accès à une sexualité épanouissante et respectueuse de lui-même et des autres.
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Bibliographie

  • Élaine Audet, Prostitution, perspectives féministes, Montréal, éditions Sisyphe, 2005. Lien Internet.
  • Julie Bindel et Liz Kelly, A Critical Examination of Response to Prostitution in Four Countries : Victoria, Australia ; Ireland ; the Netherlands and Sweden, London Metropolitan University, 2003. Lien internet en PDF.
  • Saïd Bouamama, « L’homme en question, le processus du devenir client de la prostitution », Étude du Mouvement du Nid, 2004. Lien internet en PDF.
  • Max Chaleil, Prostitution : le Désir mystifié, Parangon, 2002.
  • Claire Fleury, « Ils-Elles s’engagent : Interview de Lilian Thuram », Le Nouvel Observateur, No 2165, du 4 mai 2006. Lien internet.
  • Shere Hite, Le Nouveau Rapport Hite, Robert Laffont, 2002.
  • Shere Hite, Le Rapport Hite sur les hommes, Robert Laffont, 1981.
  • Claudine Legardinier et Saïd Bouamama, Les clients de la prostitution, l’enquête, Presses de la Renaissance, 2006.
  • Jan Macleod, Melissa Farley, Lynn Anderson and Jacqueline Golding, Challenging men’s demand for prostitution in Scotland – A research report based on interviews of 110 mens who bought women in prostitution, publié par « Women’s Support Project », 2008.
  • Sven-Axel Mansson, Les pratiques des hommes "clients" de la prostitution : influences et orientations pour le travail social, Université de Göteborg. Étude, 2003. Article sur Sisyphe ou sur SOS Femmes.
  • Richard Poulin, Abolir la prostitution, Montréal, éditions Sisyphe, 2006. Lien internet.
  • Richard Poulin, La mondialisation des industries du sexe, Ottawa, Interligne, 2004.
  • Prostitution et Société, n° 148, « Philippe Brenot, psychiatre », par Claudine Legardinier, mars 2005. Lien internet.
  • Prostitution et Société, n° 155, « Témoignage de Julien », propos recueillis par Claudine Legardinier, février 2007. Lien internet.
  • Serge Raffy, « Coupe du monde et prostitution, la nouvelle industrie du sexe », Le Nouvel Observateur, n° 2165, 4 mai 2006. Lien internet.
  • Dr Judith Trinquart, La Décorporalisation dans la pratique prostitutionnelle : un obstacle majeur dans l’accès aux soins, thèse de Doctorat d’État de Médecine Générale, Paris, 2002. Lien internet format PDF.

  • Lora Crohain

  • 21 juin, 2009

    Telemoustique et le plaisir feminin



    Télémoustique prouve encore sa vision inégalitaire des rapports hommes-femmes dans le n° du 20 juin 2009.






    Je réagis par un courrier...

    La couverture du Télémoustique du 20 juin 2009 force le regard encore une fois.
    D'après le titre, le secteur du plaisir féminin ne connaît pas la crise...Celui de l'égalité en revanche n'est toujours pas à l'ordre du jour pour vous.

    Une vue d'ensemble de vos articles sur le sexe (que vous confondez avec "sexualité) montre que pour vous le plaisir des hommes est d'utiliser une femme comme objet sexuel (voir vos articles sur la prostitution) et pour une femme "en manque", ce serait d'utiliser un vrai objet.

    De plus, votre choixde parler du sujet des sex-toys (et des femmes-fontaine en passant) est irresponsable pour un magazine qui va être lu par toute la famille, enfants compris. Vous pensez faire preuve d'ouverture d'esprit alors que vous participez simplement à la pornographisation de la société. Exposer aux enfants la vie sexuelle des adultes, donc de leurs parents, est une violence à leur égard, qui ont à vivre leur sexualité d'enfant. Mais peut-être préparez-vous votre prochain sujet : l'hypersexualisation précoce?

    La couverture, en toute logique pour ce sujet, devait montrer un jeune homme à la plastique évocatrice, ce que j'aurais trouvé racoleur et sans imagination, mais vous affichez des jambes de femmes suggestivement gainées de bas résille et les reins cambrés...L'illustration intérieure est du même acabit. Que peut-on en déduire? D'abord que votre seul argument de vente est le corps de la femme érotisé et ensuite que les femmes sont pour vous des objets sexuels pour les hommes et qu'elles doivent trouver là leur plaisir, si non, elles n'ont qu'à se faire plaisir toutes seules avec un sex-toy. La présentation de la poupée en silicone "qui ne dit jamais non" le confirme.

    D'après vous, les lectrices de Flair seraient plus "dégourdies" que les autres. Je pense moi qu'elles sont plus aliénées et se conforment aux messages matraqués par les magazines people (dont Télémoustique maintenant) : votre place est à la cuisine et au lit, c'est votre choix et vous vous y épanouissez.
    Revendiquer son aliénation, est-ce cela que vous prenez pour une prise de pouvoir?

    Vous regardez avec amusement le site "adopte-un-mec.com".
    Vous parlez de second degré. Je ne trouve pas. Traiter l'autre comme un objet de consommation, quel que soit le sexe de l'acheteur et du "produit", est du premier degré, celui du commerce, en aucun cas l'expression de la sexualité libérée dont vous parlez. Le partage ou la réciprocité des inégalités ne sera jamais l'égalité.

    Vous auriez pu, dans vos sources, inclure le nouveau Rapport Hite, qui montre bien que l'organe du plaisir chez la femme, c'est le clitoris, et que l'orgasme "vaginal" est une construction théorique freudienne pour qui la norme était la sexualité masculine. Les femmes étaient donc sommées de jouir de la pénétration sous peine d'être taxées d'infantilisme. Ensuite, la théorie de la frigidité féminine a eu de beaux jours devant elle.

    Télémoustique pique là où il faut? Non, depuis un bon moment, Télémoustique pique là où ça rapporte ; Télémoustique suit le courant du tout marchand ; Télémoustique fait dans la facilité ; sous couvert d'information, Télémoustique participe à la déshumanisation de notre société.

    Lora