Prostitution : être client-e?
Si la question du choix doit être posée, posons-la aux clients. Pourquoi des hommes choisissent-ils d’acheter les corps de millions de femmes et d’enfants, d’appeler ça du sexe, et d’en tirer, apparemment, un grand plaisir? (J. Raymond sur le site de l'Unesco)
03 mars, 2012
Qui sont les clients de la prostitution : RTBF mercredi 29 février 2012 20H20 - Commentaires
Nous nous attendions, comme la RTBF nous y a habitués quand il s’agit de prostitution, à un reportage complaisant envers « le plus vieux métier du monde », à une romantisation du milieu, à une succession de clichés. Ce ne fut pas tout à fait ça.
La première surprise fut que des « clients » témoignent à visage découvert. C’est le résultat du matraquage publicitaire des industries de sexe. La prostitution s’affiche partout, dans la publicité, les séries, les films. Elle est banalisée et présentée comme un métier, ou un job d’étudiante, y compris par certains médias. Il n’est donc pas étonnant que des hommes revendiquent leur clientélisme prostitutionnel et n’en ressentent aucune honte.
La deuxième surprise vint du fait qu’un autre discours a été relayé, celui de ceux et celles qui refusent la marchandisation du corps et dénoncent les violences inhérentes à la prostitution. Le clip réalisé par le Lobby européen des femmes (représenté par Pierrette Pape) qui veut faire réfléchir la société en général et les « clients » en particulier, en renversant les rôles, est diffusé. On y voit un homme enchaîner les cunnilingus à des « clientes ». Grégoire Théry (mouvement du Nid) pointe posément la responsabilité du « client » qui impose l’acte sexuel avec son argent, et replace la prostitution là où elle doit être : dans les violences sexuelles, parce que l’argent est une arme. Pour cette raison, notamment, le clientélisme prostitutionnel doit être sanctionné. Voir ici les clips dénonçant la contrainte par l'argent par les Free Sex Men.
Pour ne pas faillir à la tradition, la RTBF ne s’est pas privée de l’incontournable « Sonia » qui est rentrée en scène dans le rôle qu’elle tient à merveille, celui de Notre Dame de la Prostitution, transfigurant, magnifiant, sanctifiant la passe. Son talent d’actrice parviendrait presque à faire oublier qu’il s’agit d’un commerce où le corps des femmes est le produit acheté. Avec elle, la prostitution devient un monde merveilleux où des prostituées heureuses de se donner, corps et âme, rencontrent des « clients » reconnaissants et respectueux.
Les « clients » qui témoignent sont un panel représentatif. Ils différent par leur appartenance sociale, leur culture, leur âge, leur statut… Leur seul point commun est d’être client de la prostitution, avec chacun ses bonnes raisons qui n’excèdent pas les justifications attendues.
Loïc, trentenaire en couple, dit acheter ce qu’il ne peut (ou ne veux ?) réaliser avec sa compagne.
Yvan, veuf octogénaire, clive. Il achète du sexe depuis toujours et réservait la tendresse pour sa relation conjugale. Il avait décidé que cette situation convenait à sa femme-qui-n’aimait-pas-le-sexe… Ce classement des femmes en maman ou putain est un grand classique de la névrose machiste.
Philippe, routier, estime que sa femme (décédée) lui coûtait plus cher qu’une pute (sic) et cherche une femme dans ce milieu.
Olivier fait partie des naïfs, amoureux de SA prostituée et rêve de l’épouser (le 2 en 1, le Graal de certains).
Aucun ne s’interroge sur le vécu de ces femmes. Ils refusent d’y penser et ne se sentent nullement responsables de leur sort, évacuant l’idée même de contrainte et de violences. Leur seul souci est leur satisfaction personnelle immédiate.
Mais, chacun consomme suivant ses moyens financiers. Le plus riche achète du sexe à une femme qui présente les apparences extérieures du luxe, le plus pauvre, va au moins cher.
On peut dès lors penser, à première vue, qu’il y a plusieurs sortes de prostitution, celle « de luxe » et les autres, plus ou moins sordides. Une analyse plus fine nous permet de comprendre qu’il n’en est rien. Andy, très pauvre, qui risque l’expulsion de son logement, économise pour se payer une passe de temps en temps. Il cherche en rue la prostituée la plus misérable qui réalisera ses fantasmes au moindre coût. La prostitution se présente là à l’état brut, réduite à l’essentiel. Plus il y a d’argent mis en jeu, plus ce noyau fondamental est masqué, recouvert de couches superposées d’apparat, de scénarios de fausses rencontres, d’artifices, plus les protagonistes se mentent l’un à l’autre et à eux-mêmes. Mais, in fine, il y a le moment où tous ces hommes se retrouvent à la place de Andy : un homme qui utilise le pouvoir de l’argent pour qu’une femme se laisse faire sexuellement, un homme qui achète un moment de toute puissance sur une femme. Dernièrement, l’actualité nous a donné une preuve que ces catégories ne sont que théoriques : les prostituées « de luxe » dites « du Carlton » venaient pour certaines d’entre elles, de bordels belges. Et le documentaire qui suit sur les « Escorts » montre *** qui se retrouve dans un sex-tour où elle enchaîne les passes (10 par jour)…
Les réactions de ces hommes à l’hypothèse d’une criminalisation de leurs pratiques sont l’indignation et l’incompréhension.
Loïc estime que ce serait criminaliser le sexe et le plaisir, comme si existait uniquement le plaisir de l’homme avec une femme qui n’en a pas et que le sexe était cantonné au secteur marchand.
Yvan estime que pénaliser les « clients » aura comme effet d’augmenter l’achat de sexe, par attrait de l’interdit, comme pour la prohibition de l’alcool ou de la drogue, sans se rendre compte qu’il livre là le fond de sa pensée : les prostituées sont des produits de consommation…
En fait, ils défendent ce qu’ils estiment être leur droit et appellent ça liberté.
Même si ce reportage se termine de façon ambigüe puisque la voix off estime que parmi les raisons d’être « client », il y a le « besoin sexuel », ce qui est la justification ultime, l’ensemble montre, comme nous l’avions relevé ici à une autre occasion, une amorce de changement au pays de cocagne des clients de la prostitution qu’est la Belgique. Une petite brèche est peut-être en train de se faire dans l’opinion publique anesthésiée par des années de discours lénifiant, sans contradiction, sur le monde de la prostitution, soi-disant immuable et faisant pratiquement partie du patrimoine culturel. A suivre.
Lora et Ed
27 février, 2012
Une association belge réclame "l'assistance sexuelle"
Une association belge vient de voir le jour. Son but est de favoriser l’intégration des personnes handicapées dans la société.
Nous partageons évidemment cet objectif légitime et condamnons fermement l’inertie des pouvoirs publics pour qui il y a toujours plus urgent.
En revanche, une revendication, qui doit être la plus importante puisqu’elle se trouve en page d’accueil, n’a pas notre adhésion : faire reconnaitre le métier d’assistant sexuel.
Surfant sur le succès du film Intouchables, cette association s’appelle "Pas de bras, pas de chocolat ", phrase déjà culte de ce film.
Celui-ci a l’indéniable mérite de parler du handicap et de la solidarité sur un ton léger, et a connu pour cela un vrai succès populaire.
Il suffit cependant de gratter un peu pour qu’affleure un certain colonialisme : l’homme handicapé est blanc et riche et son employé est noir et pauvre. Et un sexisme certain : ils se reconnaissent toutefois comme étant du même bord, celui des « hommes », en partageant le même sentiment de supériorité envers les femmes, ciment du machisme. Sous l’angle de l’objétisation des femmes, le nom de cette association est parfaitement choisi, en accord avec le scénario du film.
Nous ne répéterons pas ce que nous pensons du concept "d’assistance sexuelle " et que nous avons développé ici , là et encore là…
Nous allons nous contenter de répondre à la présentation du site. "Pas de bras, pas de chocolat".
Vous avez raison, la sexualité des personnes handicapées reste un tabou. La société, les institutions préfèrent, par facilité, l’ignorer ou l’occulter. La solution humaniste et respectueuse est dans la structure et pas dans la fourniture de « services sexuels », comme expliqué dans les articles en lien.
Les pays qui ont mis en place « l’assistance sexuelle » sont ceux qui ont légalisé la prostitution, il est tout à fait logique que les hommes handicapés y aient, comme les autres, le droit d’acheter du sexe. Parce que, pas d’hypocrisie, si l’exemple donné d’assistance sexuelle est le plus souvent celui d’une femme handicapée qui voudrait de la tendresse (ou sa variante, la mère qui est obligée de masturber son grand fils), la demande, comme dans tous les secteurs de l’industrie du sexe, est masculine à 99 %.
Le logo de l’association est d’une honnêteté remarquable : un homme en fauteuil roulant chevauché par une femme.
Et le texte est sans ambiguïté : tous est bien synonyme de "hommes" : valides et non valides, qui ont droit à du sexe, tandis que l’assistante sert d’accessoire masturbatoire. Personne ne s’inquiète des effets d’actes sexuels subis et non désirés sur sa santé physique et psychique. Il suffirait de la payer pour qu’elle ne ressente plus rien…
Il n’y a pas de droit au sexe. Il y a un désir de sexe, qui peut rencontrer le désir de l’autre, ou pas. On peut éprouver alors une frustration que chaque personne suffisamment équilibrée et éduquée au respect supporte, ou sublime, comme une autre frustration. Mais, devant la somme de frustrations que les personnes handicapées doivent affronter, certains, comme cette association, pensent que l’on peut apporter une solution au moins à leur éventuelle frustration sexuelle, puisque, chez nous, des femmes sont achetables.
D’autre part, les abolitionnistes ne sont pas les puritain-e-s que vous voudriez faire croire.
Ils veulent libérer le sexe du secteur marchand. Les pratiques sexuelles font partie de la liberté des partenaires, et pas d’un-e seul-e. Payer pour du sexe, c’est l’imposer, en faisant fi du désir de l’autre.
La véritable formation dont vous parlez (pour essayer de faire la différence avec la prostitution où il suffit d’avoir un corps de femme standard et plutôt jeune) trouverait sans aucun doute des volontaires : ce seront encore et toujours des femmes pauvres qui accepteront ce métier si « naturel » pour les femmes : être utile, se dévouer, servir, s’oublier…
Pour « la légère modification du code pénal” au sujet du proxénétisme, vous avez un allié de poids, Dodo la Saumure (et ses confrères) qui est bien décidé à investir dans « l’assistance sexuelle ».
Extrait de cet article du Soir : « il souhaite « développer ses affaires » en Belgique en créant des « services sexuels à domicile pour les personnes handicapées et âgées ».
Ce proxénète, lui, étend son altruisme à d’autres catégories. Il pense à tous ceux qui pourraient s’estimer discriminés sexuellement : aux hommes âgés, et bientôt, pour suivre la loi du commerce en élargissant le marché, aux timides, à ceux qui s’estiment laids, ou, pourquoi pas aux paresseux, (ça prend du temps de nouer une relation).
Vous ne voyez toujours pas le lien entre l’assistance sexuelle » et la prostitution ?
La Belgique, abolitionniste dans les textes, organise en fait la prostitution des femmes et défend par là même le droit des hommes d’avoir des femmes en libre-service.
La reconnaissance de l’assistance sexuelle aux handicapés en tant que métier ne serait rien d’autre qu’un cadeau fait à l’industrie du sexe pour qui se serait la porte ouverte à la légalisation de la prostitution. En hommes d’affaires avisés, les proxénètes ne laisseront pas passer cette opportunité.
Lora et Ed
Nous partageons évidemment cet objectif légitime et condamnons fermement l’inertie des pouvoirs publics pour qui il y a toujours plus urgent.
En revanche, une revendication, qui doit être la plus importante puisqu’elle se trouve en page d’accueil, n’a pas notre adhésion : faire reconnaitre le métier d’assistant sexuel.
Surfant sur le succès du film Intouchables, cette association s’appelle "Pas de bras, pas de chocolat ", phrase déjà culte de ce film.
Celui-ci a l’indéniable mérite de parler du handicap et de la solidarité sur un ton léger, et a connu pour cela un vrai succès populaire.
Il suffit cependant de gratter un peu pour qu’affleure un certain colonialisme : l’homme handicapé est blanc et riche et son employé est noir et pauvre. Et un sexisme certain : ils se reconnaissent toutefois comme étant du même bord, celui des « hommes », en partageant le même sentiment de supériorité envers les femmes, ciment du machisme. Sous l’angle de l’objétisation des femmes, le nom de cette association est parfaitement choisi, en accord avec le scénario du film.
Nous ne répéterons pas ce que nous pensons du concept "d’assistance sexuelle " et que nous avons développé ici , là et encore là…
Nous allons nous contenter de répondre à la présentation du site. "Pas de bras, pas de chocolat".
Vous avez raison, la sexualité des personnes handicapées reste un tabou. La société, les institutions préfèrent, par facilité, l’ignorer ou l’occulter. La solution humaniste et respectueuse est dans la structure et pas dans la fourniture de « services sexuels », comme expliqué dans les articles en lien.
Les pays qui ont mis en place « l’assistance sexuelle » sont ceux qui ont légalisé la prostitution, il est tout à fait logique que les hommes handicapés y aient, comme les autres, le droit d’acheter du sexe. Parce que, pas d’hypocrisie, si l’exemple donné d’assistance sexuelle est le plus souvent celui d’une femme handicapée qui voudrait de la tendresse (ou sa variante, la mère qui est obligée de masturber son grand fils), la demande, comme dans tous les secteurs de l’industrie du sexe, est masculine à 99 %.
Le logo de l’association est d’une honnêteté remarquable : un homme en fauteuil roulant chevauché par une femme.
Et le texte est sans ambiguïté : tous est bien synonyme de "hommes" : valides et non valides, qui ont droit à du sexe, tandis que l’assistante sert d’accessoire masturbatoire. Personne ne s’inquiète des effets d’actes sexuels subis et non désirés sur sa santé physique et psychique. Il suffirait de la payer pour qu’elle ne ressente plus rien…
Il n’y a pas de droit au sexe. Il y a un désir de sexe, qui peut rencontrer le désir de l’autre, ou pas. On peut éprouver alors une frustration que chaque personne suffisamment équilibrée et éduquée au respect supporte, ou sublime, comme une autre frustration. Mais, devant la somme de frustrations que les personnes handicapées doivent affronter, certains, comme cette association, pensent que l’on peut apporter une solution au moins à leur éventuelle frustration sexuelle, puisque, chez nous, des femmes sont achetables.
D’autre part, les abolitionnistes ne sont pas les puritain-e-s que vous voudriez faire croire.
Ils veulent libérer le sexe du secteur marchand. Les pratiques sexuelles font partie de la liberté des partenaires, et pas d’un-e seul-e. Payer pour du sexe, c’est l’imposer, en faisant fi du désir de l’autre.
La véritable formation dont vous parlez (pour essayer de faire la différence avec la prostitution où il suffit d’avoir un corps de femme standard et plutôt jeune) trouverait sans aucun doute des volontaires : ce seront encore et toujours des femmes pauvres qui accepteront ce métier si « naturel » pour les femmes : être utile, se dévouer, servir, s’oublier…
Pour « la légère modification du code pénal” au sujet du proxénétisme, vous avez un allié de poids, Dodo la Saumure (et ses confrères) qui est bien décidé à investir dans « l’assistance sexuelle ».
Extrait de cet article du Soir : « il souhaite « développer ses affaires » en Belgique en créant des « services sexuels à domicile pour les personnes handicapées et âgées ».
Ce proxénète, lui, étend son altruisme à d’autres catégories. Il pense à tous ceux qui pourraient s’estimer discriminés sexuellement : aux hommes âgés, et bientôt, pour suivre la loi du commerce en élargissant le marché, aux timides, à ceux qui s’estiment laids, ou, pourquoi pas aux paresseux, (ça prend du temps de nouer une relation).
Vous ne voyez toujours pas le lien entre l’assistance sexuelle » et la prostitution ?
La Belgique, abolitionniste dans les textes, organise en fait la prostitution des femmes et défend par là même le droit des hommes d’avoir des femmes en libre-service.
La reconnaissance de l’assistance sexuelle aux handicapés en tant que métier ne serait rien d’autre qu’un cadeau fait à l’industrie du sexe pour qui se serait la porte ouverte à la légalisation de la prostitution. En hommes d’affaires avisés, les proxénètes ne laisseront pas passer cette opportunité.
Lora et Ed
14 février, 2012
Israël adopte le modèle abolitionniste nordique
La loi anti-prostitution a été approuvée par les ministres israéliens ; elle est basée sur le modèle de la loi suédoise qui a fait baisser la prostitution de 51%. Sans surprise, les partis religieux ont voté contre.
La Knesset exprime sa position selon laquelle la prostitution est un phénomène fondamentalement mauvais qui nuit ouvertement à la liberté des femmes et à leur dignité, érode l’égalité des droits dans la société et viole les droits des femmes sur leur corps , L’application de la loi visant les proxénètes et les trafiquants d’êtres humains n’est pas assez forte pour lutter contre la prostitution et la traite des êtres humains. Il faut donc tarir la demande en pénalisant les "clients"
Extrait : « il y a actuellement quelques 15.000 personnes qui travaillent dans le commerce du sexe en Israël, un tiers d’entre elles auraient moins de 18 ans. Au moins 90% des femmes impliquées dans le commerce du sexe sont contrôlées par des proxénètes, et quelque 80% d’entre elles sont victimes d’une forme d’abus, que ce soit par les proxénètes ou des clients. L’âge moyen auquel les femmes commencent à travailler comme prostituées en Israël est de 14 ans et l’espérance de vie moyenne des prostituées israéliennes est inférieure à 40 ans. »
http://jssnews.com/2012/02/13/israel-adopte-en-vote-preliminaire-la-loi-criminalisant-les-clients-de-prostituees/
Amos Gitaï a tourné "Terre promise", dont le sujet est la traite de jeunes femmes de l'Est vers Israël. Ce film inégal n'a pas eu de très bonnes critiques cinématographiques, mais est, en revanche, un film courageux et engagé.
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Voir la critique de Muriel Lhermé dans Prostitution et Société
20 décembre, 2011
Belgique : prémisses d’un changement de mentalité sur la prostitution ?
Jusqu’à présent, les médias belges tenaient l’habituel discours sur la prostitution choisie et utile dont « Sonia » se fait la porte parole.
Notre surprise fut donc grande de voir la RTBF donner aussi la parole à l’abolitionnisme au journal télévisé du lundi 19 décembre 2011, à une heure de grande écoute.
Les présentateurs ont commencé par quelques chiffres très parlants : au niveau mondial, la prostitution génère mille milliards de dollars par an de bénéfice (2 fois plus que l’industrie pharmaceutique). 9 prostituées sur 10 ont connu l’abus sexuel dans l’enfance.
A notre connaissance, c’est la première fois que l’envers du décor de la prostitution est dévoilé sur une grande chaîne belge. Comment ne pas y voir l’influence de la convention abolitionniste qui a été discutée et votée à l’Assemblée Nationale française (le mardi 06 décembre2011, les députés français ont adopté à l’unanimité une proposition de résolution qui réaffirme la position abolitionniste de la France).
Ce petit reportage commence par le témoignage d’une prostituée qui dit d’emblée qu’elle a été abusée sexuellement dans l’enfance et qui ajoute que se prostituer lui a permis de se reconnecter avec son corps (voir les travaux des docteures Salmona et Trinquart qui démontent ce mythe si commode pour les clients prostitueurs et l'industrie du sexe).
Vient ensuite l’intervention d’une représentante d’Espace P (qui se définit comme une association pour la défense des droits des personnes qui se prostituent, leur entourage et leurs clients) qui demande la reconnaissance de l’activité prostitutionnelle comme métier.
Le montage de ces 2 séquences en suivant fait apparaître clairement que le réglementarisme organise le recyclage dans la prostitution, de petites filles abusées. Des hommes violent des petites filles (le plus souvent les pères) et les préparent ainsi à faire une carrière d’objets sexuels pour d’autres hommes. Quand en plus on peut faire croire (et dire) à ces femmes qu’elles l’ont choisi et que cela les répare, la boucle est bouclée, le système est bien huilé et fonctionne tout seul. Il y a aura toujours des candidates.
Le mot de la fin est laissé à Richard Poulin (professeur titulaire au Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université d’Ottawa et professeur associé à l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) de l’Université du Québec à Montréal) pour la première fois présent en Belgique, où il participait au Colloque international organisé par l’Université des femmes de Bruxelles " Prostitution et faux-semblants : une affaire de société, de femmes et d’hommes ". Il parle du stress post traumatique (voir ce qu’en dit Angel K, survivante de la prostitution) dont les prostituées souffrent deux fois plus souvent que les soldats qui reviennent de guerre.
Il dit aussi que la position des pays abolitionnistes est de reconnaître que la prostitution est une violence à l’encontre des femmes à cause de ses effets sur leur santé.
Ce n’est qu’un des éléments qui fondent la politique abolitionniste, mais il est important.
Malgré quelques approximations (par exemple confusion entre prohibitionnisme -qui pénalise prostituées et clients- et abolitionnisme qui ne pénalise que les acheteurs), ce reportage surprenant augure, nous l’espérons, d’un changement de mentalité au sujet de la prostitution. Les médias belges doivent relever le défi de l’information (et non pas uniquement de l’audience), qui seule peut permettre à la population de comprendre les enjeux de ce système et sortir des idées reçues.
Ce sujet se termine par cette affirmation : la prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde mais, il y a 2 mille ans, on l’appelait : l’esclavage féminin.
Il y a décidément quelque chose de changé dans le royaume de Belgique.
Lora
17 novembre, 2011
Jeudi 8 et vendredi 9 décembre 2011, Bruxelles : Colloque international organisé par l’Université des femmes de Bruxelles
Prostitution et faux-semblants : une affaire de société, de femmes et d’hommes
Jeudi 8 décembre et vendredi 9 décembre 2011 10 rue du Méridien, 1210, Bruxelles
Présentation : « Une affaire de société : jeudi 8 décembre 2011 » - Après-midi de 14h à 17h
« Introduction : les mouvements sociaux et la prostitution », Marie-Thérèse Coenen, Présidente de l’Université des femmes
« Féminisme et prostitution XIXe et XXe siècle », Christine Machiels, directrice du Carhop et docteure en histoire (UCL)
« Prostitution : regards du syndicat », Vroni Lemeire, responsable Commission femmes de la FGTB
« ’Assistance sexuelle’, un autre nom pour la prostitution ? », Claudine Legardinier, journaliste, Mouvement du Nid-Paris
Conclusions, Pascale Maquestiau, Le Monde selon les Femmes
Une affaire de femmes : vendredi 9 décembre 2011 - En matinée 9h-12h30
« La prostitution, en sortir », Valérie Lootvoet, directrice de l’Université des femmes
« Le consentement vicié des personnes prostituées et la ‘bonne conscience’ des clients », Rhéa Jean, chercheure postdoctorale à l’Université du Luxembourg, docteure en philosophie (Université de Sherbrooke, Université Laval)
Prostitution et système de domination « Abolir la prostitution ? non, abolir le proxénétisme », Grégoire Théry, secrétaire général du Mouvement du Nid-France
« Industrie du sexe. Dynamique mondialisée et ampleur », Richard Poulin, professeur titulaire au Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université d’Ottawa et professeur associé à l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) de l’Université du Québec à Montréal
Témoignage d’une ex-prostituée (à confirmer)
Une affaire d’hommes : vendredi 9 décembre 2011 - Après-midi
« Effets économiques, sécuritaires et judiciaires des Eros Centers », Sophie Jekeler, juriste et directrice de la Fondation Samilia, administratrice d’Entre2 et présidente d’ECPAT Belgique
« Clients prostitueurs : un "droit de l’homme" en question », Claudine Legardinier, journaliste, Mouvement du Nid-Paris
« Des hommes refusent d’être clients », Patrick Govers
Conclusions, Françoise Claude (FPS) et Pierrette Pape (LEF)
Contact :
Université des femmes
10 rue du méridien B.-1210
Bruxelles
Courriel.
Tél. : 02/229.38.25
Site de l’Université des femmes
13 novembre, 2011
Brassens 30 ans déjà et tout n'est pas bon chez lui, y a des trucs à jeter
On ne pouvait échapper aux 30 ans de la mort de Brassens. Chaque média, à sa façon, lui a, avec raison, rendu hommage. On a revu et réécouté, ou découvert, l’ami fidèle, l’amant gourmand, le pacifiste et surtout le ciseleur de la langue française.
Ses relations avec les femmes l’ont souvent inspiré. Mais seuls les idolâtres peuvent nier une misogynie latente ou parfois très clairement exprimée (exemple : "Les vénus de la vieille école, celles qui font l’amour par amour… ces belles vénales, celles qui font l’amour par profit » in Le mouton de Panurge).
Une chanson, qui a l’air d’une chanson d’amour, résume très bien ce qu’il pense des femmes : « Tout est bon chez elle, y a rien à jeter, sur l’île déserte, il faut tout emporter » in Rien à jeter .
La femme dont il fait l’éloge est réduite à un corps dont il détaille chaque partie utile à son confort personnel. Point n’est besoin, pour son bonheur, qu’elle pense ou même parle…
Les prostituées traversent son œuvre de manière récurrente, parfois par petits touches ("chez la belle Suzon, pas d’argent pas de cuisses…"in Grand-père ou « On avait emmené les belles du quartier,Car l'ancêtre courait la gueuse volontiers » in L’ancêtre).
Dans La complainte des filles de joie , il compatit à leur « dur métier « dont il réduit les difficultés à la fatigue de la marche, aux cors aux pieds et à la saleté des « clients ».
C’est dans Le mauvais sujet repenti , qu’il est le plus précis.
A la lumière de ses propos sans ambiguïté sur les femmes (LA femme dit-il souvent, pour bien rendre ses paroles universelles), qui sont vénales ("celles qui font l’amour par profit"), dissimulatrices et frigides ("qu’elle le taise ou le confesse…" in Quatre-vingt-quinze fois sur cent), il semble difficile de prétendre que Brassens y dénonce le système prostitueur, sauf aveuglement passionnel (comme René Fallet) ou mauvaise foi.
Il en fait au contraire une description romantique, fidèle aux images d’Epinal de la putain volontaire et du Julot casse-croûte, tandem dont, d’après Brassens, la prostituée tient le guidon.
Son discours est celui que tiennent maintenant encore la plupart des clients de la prostitution ou l’industrie du sexe :
- C’est dans la nature de certaines femmes de se prostituer, donc un choix ("L'avait l' don, c'est vrai, j'en conviens, L'avait l' génie").
- Le proxénète est un allié de la prostituée, une aide ("Me sentant rempli de pitié Pour la donzelle, J' lui enseignai, de son métier, Les p'tit's ficelles...") et pour le remercier, elle partage l’argent des passes avec lui. Quel magnifique retournement de vérité (euphémisme).
La prostituée y est bien entendu et sans surprise, objétisée ( "Ell' était l' corps, naturell'ment, Puis moi la tête...") Chacun suivant ses compétences défend Brassens, magnanime.
Bref, constant dans ses opinions, il présente la prostitution comme le lieu où les femmes peuvent gagner leur vie avec ce qu’elles ont de plus valable à ses yeux : leur corps.
Le couplet qu’il a lui-même censuré (l’a-t-il trouvé trop réaliste et impossible à interpréter comme de l’humour ?) ne fait que confirmer qu’il y a chez Brassens pour le moins de la complaisance pour le système prostitueur et aucun signe de prise de conscience de la violence inhérente à ce milieu.
Couplet de la chanson originale, supprimé par la suite :
Quand la pauvrette à la maison
Rentrait bredouille,
Je lui flanquais plus qu'de raison,
Des ratatouilles
Lui souviendrait-il encor du
Bidet d'hygiène
Avec lequel j'avais fendu
Sa boite crânienne
Source : le site Georges Brassens, le pornographe
Quant à la chanson Concurrence Déloyale, elle relaie le discours toujours actuel des proxénètes qui convainquent des (parfois très) jeunes femmes fragilisées par une vie difficile de « faire pour de l’argent ce que d’autres, plus bêtes, font gratuitement », et sonne ainsi comme une vraie publicité syndicale pour la défense du "métier" … pour le plus grand bénéfice de l’industrie du sexe..…
Par la même occasion, il qualifie la prostitution de « métier de femme », la vraie femme étant donc la prostituée, tandis que les autres sont des « salopes », les mineures n’échappant pas à la règle (« Lors, délaissant la fill' de joie, Le client peut … se payer beaucoup moins cher Des collégienn's… » qui sont rendues responsables de « détournement De majeur ». Encore un magnifique retournement de responsabilité qui ressemble dangereusement à de la compassion pour les clients de mineures, présentés comme victimes. Ce passage n’a pas pris une ride : il n’y a pas si longtemps, certains ont plaint Ribéry de s’être fait avoir par une mineure. (voir ici sur ce blog).
Brassens ne fut sans doute pas plus misogyne que la majorité des hommes de son temps. Mais avec son talent d’écriture et son charisme, il a donné à la misogynie une caution artistique et intellectuelle.
Grand pourfendeur de l’ordre établi, anarchiste, libertaire, indépendant, vous fûtes hélas aussi, cher tonton Georges, "je vous le dis tout net" (Tonton Nestor), un fieffé réactionnaire.
Lora
20 octobre, 2011
France : Signez pour l'abolition du système prostitueur
Avec les mesures suivantes :
1. la suppression de toutes les mesures répressives à l’encontre des victimes de la prostitution,
2. la mise en place de moyens de protection et d'accompagnement social, incluant l'accès à la santé et au logement pour toutes les personnes prostituées,
3. la mise en place de véritables alternatives à la prostitution et l'ouverture de droits effectifs pour toutes les personnes prostituées, y compris étrangères,
4. l’interdiction de tout achat d’un acte sexuel et la pénalisation des clients,
5. le renforcement de la lutte contre toute forme de proxénétisme,
6. une politique ambitieuse d’éducation à une sexualité libre et respectueuse de l’autre, et à l’égalité entre les femmes et les hommes,
7. une politique de prévention de la prostitution, et de formation et d’information à ses réalités.
Témoignage : Prostituée pendant 22 ans, Rozen Hicher réclame "la pénalisation des clients"
C'était en mars 1988. Confrontée à un frigo vide, sans emploi, Rozen Hicher décide de répondre à une petite annonce, parue dans un quotidien : Bar cherche hôtesse, rémunération tous les jours : fixe + pourcentage. Rozen se présente. Elle commence le jour même. Elle vient d'entrer dans l'enfer de la prostitution.
"C'est la prostitution qui nous gère" par Europe1fr
Grégoire Théry et Rozen Hicher sur Canal + dans La Nouvelle Edition de Ali Baddou
Signer et lire la suite ici
Les associations porteuses de l'appel
1. la suppression de toutes les mesures répressives à l’encontre des victimes de la prostitution,
2. la mise en place de moyens de protection et d'accompagnement social, incluant l'accès à la santé et au logement pour toutes les personnes prostituées,
3. la mise en place de véritables alternatives à la prostitution et l'ouverture de droits effectifs pour toutes les personnes prostituées, y compris étrangères,
4. l’interdiction de tout achat d’un acte sexuel et la pénalisation des clients,
5. le renforcement de la lutte contre toute forme de proxénétisme,
6. une politique ambitieuse d’éducation à une sexualité libre et respectueuse de l’autre, et à l’égalité entre les femmes et les hommes,
7. une politique de prévention de la prostitution, et de formation et d’information à ses réalités.
Témoignage : Prostituée pendant 22 ans, Rozen Hicher réclame "la pénalisation des clients"
C'était en mars 1988. Confrontée à un frigo vide, sans emploi, Rozen Hicher décide de répondre à une petite annonce, parue dans un quotidien : Bar cherche hôtesse, rémunération tous les jours : fixe + pourcentage. Rozen se présente. Elle commence le jour même. Elle vient d'entrer dans l'enfer de la prostitution.
"C'est la prostitution qui nous gère" par Europe1fr
Grégoire Théry et Rozen Hicher sur Canal + dans La Nouvelle Edition de Ali Baddou
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Les associations porteuses de l'appel
18 octobre, 2011
La prostitution est une machine à broyer tout le monde
Bernard Lemettre président du mouvement du Nid est interrogé par Nord Eclair au sujet de l'affaire de proxénétisme qui touche le Carlton et d'autres grands hôtels de Lille
Le Nid lutte contre la prostitution depuis des années. Bernard Lemettre, président du mouvement, dit ne pas être « surpris » par l'affaire du Carlton et s'insurge contre l'idée reçue que la prostitution de luxe serait moins rude que celle de la rue.
Quel est votre sentiment sur cette affaire ?
Ça ne me surprend pas et je suis content de ce coup de pied dans la fourmilière même si cette affaire en cache certainement d'autres. Je me réjouis aussi que la police et la justice fassent ce travail.
En espérant qu'elles aillent jusqu'au bout en chassant les trafiquants, au lieu de verbaliser des filles qui font le trottoir et qui, bien que victimes, devront payer une amende avec l'argent de leur prostitution.
Diriez-vous que les mentalités ont évolué sur la prostitution ?
J'ai toujours l'impression que les proxénètes s'en sortent plutôt bien, qu'on dit d'eux qu'ils aiment les femmes et que les prostituées sont elles montrées du doigt. Or, dès que la prostitution existe, elle compromet des gens à tous niveaux. Elle est comme un ogre qui mange ses proies. On peut imaginer au départ que se prostituer, c'est banal, on reçoit un petit argent et voilà. Mais c'est un engrenage car le propre d'un proxénète est de mouiller plein de monde. Il va tisser des liens, s'entourer de gens de divers milieux. Je me souviens avoir rencontré un haut responsable de la police belge qui m'avait dit ne pas laisser un de ses hommes plus d'un an dans ce milieu au risque de le voir corrompu.
La prostitution est un rouleau compresseur, elle écrase les gens, les prostituées en premier mais aussi les autres. C'est une machine à broyer tout le monde.
Dans cette affaire, on parle de prostitution « de luxe ». Quelle différence faites-vous avec la prostitution de rue ?
Aucune. Les filles que l'on voit arpenter les rues du Vieux-Lille ne sont que la partie visible de l'iceberg et ce qui est en dessous est énorme. La prostitution avec un peu plus de dorure n'empêche pas que derrière, il y a toujours le même mépris des femmes et que c'est toujours pour de l'argent. Avec la même misère pour une femme contrainte d'avoir des relations sexuelles plusieurs fois par jour. Le confort entourant la prostitution dite de luxe est un leurre et si je ne fais pas de différence entre les différentes formes de prostitution, c'est tout simplement parce qu'une femme n'est pas faite pour être à la merci de ces messieurs et du confort qui les entoure.
Les atteintes psychologiques restent les mêmes pour les femmes car dans la prostitution de luxe, les barreaux sont encore plus épais que dans la rue. Mais avec toujours un maître, le proxénète, et pour de l'argent qui ne donne ni le bonheur ni la dignité.
Propos recueillis par Christelle Jeudy
Et, dans l'Est Républicain :
Le Carlton, c’est l’arbre qui cache la forêt. Il n’y a pas de prostitution de ‘’luxe’’. Ce n’est qu’une machine à fric »
Comment réagissez-vous à cette affaire ?
Je ne suis pas étonné. Il y a quelques semaines, un chauffeur de taxi que je connais bien, me confiait qu’il avait convoyé un client du Carlton dans un bordel de Welvelgem. Une course à 2.000 €. Cette affaire, c’est juste l’arbre qui cache la forêt. La prostitution, dès qu’elle existe avale tout sur son passage. Le proxénétisme, lui, est un système qui cherche à mouiller tout le monde. Un chef de la police belge me confiait récemment qu’il ne laisse jamais un de ses hommes travailler plus d’un an sur la prostitution, sinon, le piège se referme sur eux.
On évoque dans cette affaire la prostitution « de luxe ». Quel est ce luxe ?
Prostitution de luxe, ce n’est qu’un nom. Les barreaux de la prison sont plus épais, il y a un confort matériel et une soi-disant protection, mais que l’on soit dans le bois de Boulogne ou dans une chambre de luxe, ce n’est qu’une machine à fric et de la violence.
Les bordels de Belgique attirent de nombreux clients. C’est un fléau ?
La Belgique a signé en 1949 la convention sur l’abolition de l’esclavage. Mais elle ne l’applique pas. De Luxembourg à Dunkerque, on dénombre plus de 500 bordels. À Welvelgem, il y en a 25, dans lesquels travaillent 90 Françaises. Le bordel, c’est de l’enfermement. Il n’y a que les imbéciles pour croire que les filles sont libres. Quand une femme subit trente relations sexuelles par jour, il n’y a plus de liberté. Le procureur de Tournai le reconnaît. La prostitution ce n’est pas l’affaire des flics ou du gouvernement, mais celle des bourgmestres. Les bordels cela rapporte des sommes énormes aux communes. Aux proxénètes français qui ont des bars en Belgique et au lobby des fabricants de champagne.
Quelle est la solution pour enrayer ce commerce ?
Il faut faire évoluer les mentalités. Arrêter de dire que c’est le plus vieux métier du monde et que ça empêche les viols. La solution c’est l’abolition. Et surtout la pénalisation des clients. La Suède est le seul pays d’Europe à l’avoir fait. Cela a été le travail d’une vingtaine d’années, dans un pays où le parlement respecte la parité homme – femme. Mais en Suède quand un petit garçon naît, il apprend que l’on n’a pas le droit de payer pour le sexe.
Propos recueillis par St. S.
25 septembre, 2011
« Assistance sexuelle », deuxième essai
L’Association des paralysés de France (APF) et l'association CH(s)OSE, font à nouveau une tentative pour faire reconnaître le métier « d’assistant sexuel ». Roselyne Bachelot y avait précédemment opposé un refus ferme, soulignant, comme les abolitionnistes, que c’est de la prostitution et que c’est donc incompatible avec l’égalité hommes-femmes.
Jean-François Chossy, UMP, est toujours porteur d’un projet de loi visant à la reconnaissance de cette activité. Pour essayer de la démarquer de la prostitution, il propose une formation complémentaire spécifique de certaines professions.
On voit bien quelles travailleuses sont visées : infirmières, kinés, aide-soignantes… toutes ces femmes qui travaillent dans le secteur des soins aux personnes, que les hommes n’investissent que timidement.
Si cette loi passait, cela promettrait pressions au travail et discriminations à l’embauche pour celles (puisque la demande est masculine) qui ne seraient pas assez altruistes… ainsi que la difficulté de subir les exigences sexuelles vécues comme légitimes de certains hommes handicapés, puisque « l’assistance sexuelle » serait rangée dans la catégorie soins, comme la toilette ou la pédicurie.
Si aucune infirmière française n’accepte, on trouvera bien une infirmière roumaine ou bulgare qui choisira librement de s’expatrier pour nourrir sa famille restée au pays et ne fera pas la difficile pour mettre son corps à disposition.
Parmi ceux et celles qui, sans surprise, militent pour :
Pascal Bruckner, essayiste et client prostitueur revendiqué, qui pense que la prostitution est un « mal nécessaire ».
Philippe Caubère, comédien et client prostitueur revendiqué pour qui les raisons qui poussent ces femmes à se prostituer leurs sont propres, évacuant ainsi toute notion de contrainte.
Jean -Michel Carré, réalisateur, auteur de plusieurs documentaires montrant une prostitution libre, utile et heureuse.
Jean-Pierre Sinapi, réalisateur de Nationale 7 où son empathie s’exerce envers l’homme handicapé et aucunement envers la femme prostituée
Brigitte Lahaye, animatrice radio et ex actrice porno
Janine Mossuz-Lavau, sociologue, qui pense que l’existence d’escort boys pour les femmes est un signe que l’égalité progresse.
Une grande majorité d’hommes parmi les signataires. Quand on sait que, dans la population générale, il y a 10 à 15 % d'hommes qui sont clients-prostitueurs , on peut penser qu'une majorité des signataires masculins en fait partie. Ceux-là parlent donc pour leur intérêt personnel. Il faut aussi compter ceux qui sont solidaires d' un ami-qui…
Le Strass pour qui la reconnaissance de cette prostitution pour raison humanitaire (au sens sexiste du terme : humain=homme masculin) serait la porte ouverte à la légalisation de la prostitution.
Act Up, qui voit les prostituées comme actrices de la lutte contre l’infection au VIH, en tant qu’éducatrices au safe sex. Ne savent-ils qu’un « client » sur deux fait de la surenchère pour obtenir un rapport sans préservatif ? Ne savent-ils pas que rares sont les prostituées qui peuvent toujours le refuser, parce que l’argent leur fait parfois cruellement défaut (drogue, proxénétisme, dépenses pulsionnelles…) ?
Parmi ceux et celles qui refusent ce concept d’« assistance sexuelle » :
Sylviane Agacinski, philosophe
Yvette Roudy, ancienne ministre des droits de la femme
Magali De Haas, Porte-parole de Osez le féminisme
Monique Dental, animatrice du réseau féministe Ruptures
Isabelle Filliozat, psychothérapeute
Jacques Hamon, président du mouvement du Nid
Françoise Héritier, anthropologue
Patric Jean, cinéaste
Malka Marcovich, présidente de la CATW Europe, coalition contre la traite des femmes
Florence Montreynaud, historienne
Emmanuelle Piet, médecin
Maudy Piot, psychanalyste et Présidente de Femmes pour le dire, femmes pour agir
Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie
Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes
Le collectif "Handicap, sexualité, dignité"
L'organisation la Clef
Nous ne pensons pas que les défenseurs de « l’assistance sexuelle » croient que le sexe est un besoin. Ils doivent estimer que ce serait un plaisir pour ces hommes qui le désirent.
Mais ils estiment que le sexe est un droit, donc, qu’acheter l’utilisation du corps d’une femme pour son plaisir personnel est fondé.
Nous ne voulons pas d’une société où, sans des bénévoles, des citoyens ne mangeraient pas à leur faim, et où la frustration sexuelle de certains hommes recevrait une réponse institutionnelle. Les deux sont également indignes d’une société qui se dit démocratique : l’argent est un pouvoir, la liberté des éventuelles « assistantes sexuelles » serait très relative.
Se nourrir est vital. Avoir des relations sexuelles ne l’est pas, c’est juste frustrant pour certains individus. La vie est faite de frustrations, sans arrêt chacun-e doit renoncer malgré son désir.
Un adulte harmonieusement construit le supporte et fait autre chose de cette énergie qui n’a pu s’exprimer là. Le sexe n’échappe pas à cette règle, c’est une frustration comme une autre. Même s’il est vrai que chaque femme, chaque homme, chaque individu, n’est pas confronté à la même pression libidinale.
N’autorisons pas l’entrée du commerce dans l’intimité. Le respect des personnes porteuses d’un handicap exige que la société mette tout en place pour que, comme les autres citoyens, elles puissent avoir une vie sociale et un espace personnel. Là se trouve leur droit.
Mais à l’heure où les budgets sociaux sont rabotés, certains sont tentés de réduire le mal être de ces personnes à une frustration sexuelle, et envisagent de se débarrasser de ce souci en proposant des femmes comme solution.
L’humour machiste de Pierre Tchernia est toujours d’actualité : » Achetez une femme, le seul outil qui ravaude, lave, épluche les pommes de terre, soigne les enfants… » et, certains veulent ajouter : et est le remède à la frustration sexuelle des hommes.
« La femme » est le remède universel prôné et utilisé par le patriarcat. Toujours sous la main, nombreuses (la moitié de la société), écrasées sous les corvées donc ayant des difficultés à agir en tant que groupe, ligotées par des liens affectifs, les femmes sont bonnes à tout, surtout à servir les hommes. Le sexe ne fait pas, là non plus, exception.
http://www.liberation.fr/societe/01012360799-les-aidants-sexuels-ou-perpetuer-la-ghettoisation
http://www.liberation.fr/societe/01012359684-pour-l-assistance-sexuelle-des-handicapes
Sur le même sujet, lire sur ce blog
Assistance sexuelle aux handicapés
Ainsi que nos commentaires sur le documentaire de JM Carré "Sexe, amour et handicap"
30 août, 2011
Princesas - Film de Fernando León de Aranoa
Princesas - film de Fernando León de Aranoa - Espagne 2005

Résumé
Caye et Zulema, prostituées dans les quartiers chauds de Madrid, ne se connaissent pas. La première se révolte contre son sort. Elle range dans une petite boîte en fer des billets de banque qu'elle économise patiemment. La seconde, immigrée dominicaine sans papiers, se sent perdue dans ce pays étranger et fait profil bas pour pouvoir nourrir son fils. Un jour, agressée par un client violent, Zulema est courageusement secourue par Caye. Les deux femmes se lient d'amitié et décident de prendre leur vie en main.
http://television.telerama.fr/tele/films/princesas,6499222.php
Commentaires
Le réalisateur nous fait partager le quotidien de deux jeunes femmes qui se prostituent à Madrid. Si le parcours de Zulema est tristement commun, puisqu’elle a fui la misère de son pays, la république dominicaine, celui de Caye est, de prime abord, moins compréhensible. Elle fait partie de celles dont certain-e-s disent qu’elles ont choisi.
Zulema a émigré clandestinement pour gagner de l’argent en Espagne, pour son jeune fils, resté au pays avec la grand-mère. Peut-être savait-elle que c’était pour se prostituer, sans savoir ce que ça impliquait vraiment. Elle survit, en ne refusant aucunes pratiques, en subissant des violences et des chantages, ne rêvant que de rentrer au plus vite avec de l’argent.
Caye vit dans une famille déstructurée. Le père est mort, la mère vit en marge du réel. Refusant la mort de son mari, elle lui a inventé une vie au loin et le matérialise par des fleurs qu’elle s’envoie elle-même.
Personne ne s’intéresse à la vie de Caye, elle ne se souvient d’aucuns moments agréables dont elle aurait pu garder la nostalgie. Elle ne cesse pourtant de donner des indices sur ses activités prostitutionnelles, comme des appels au secours inconscients, en vain. Caye rêve : qu’un homme qui l’aime l’attende à la sortie de son travail de bureau.
Les familles de Zulema et Caye ne sont pas au courant de leur activité. Il le faut pour ne pas être engloutie dans la prostitution et rester une femme qui se prostitue et pas une prostituée. Toutes les deux se disent d’ailleurs que c’est du provisoire.
On pourrait croire que ce film cède parfois à la tentation de l’esthétisation. Cependant, l’impression initiale que certaines scènes utilisent inutilement le nu - comme celle où Caye fait le ménage vêtue uniquement d’un tee-shirt au début du film - se révèle inexacte à l’analyse.
Caye est montrée exécutant froidement une « prestation sexuelle », en étant apparemment maîtresse de la situation, avec un corps-machine. La scène du ménage souligne le clivage entre le corps – insensibilisé - et l’esprit chez les personnes prostituées, condition indispensable de leur survie.
Ce film montre avec délicatesse l’envers du décor, ce que les "clients " ne veulent pas connaître car cela les empêcherait de continuer à objétiser ces femmes et donc à les utiliser, et que les femmes prostituées ne veulent pas leur montrer car c’est leur seule intimité : leurs peurs, leurs souffrances, leur dégoût aussi.
Il peut même y avoir des sentiments et c’est cette amitié qui naît entre Zulema la clandestine et Caye l’espagnole, qui les fait renouer avec leurs émotions et leurs ressentis, leur donne un poids existentiels et une conscience d’exister.
Caye rencontre Manuel, qui ne sait rien de sa vie, avec lequel elle noue une relation tendre. Elle est confrontée alors au choc très douloureux et sans doute décisif, de ses deux mondes, quand un "ancien client" lui impose une fellation dans les toilettes du restaurant où elle dîne avec Manuel.
Pour les deux jeunes femmes, la sortie de la prostitution est due à un évènement extérieur. Zuléma retourne chez elle parce que son test sida est positif et Caye, parce que Manuel lui offre une autre vie, où les femmes ne doivent pas avoir de gros seins pour être aimées (ou désirées, mais elle confond les deux comme la plupart des femmes dans ce milieu).
Constat amer peu optimiste, qui dit, in fine, qu’il est très difficile de sortir seule de la prostitution et très facile d’y entrer ou d’y revenir : il suffit d’une déception pour des femmes fragilisées.
La fin de ce film nous montre Caye mettre sans conteste sa mère devant la réalité puisqu’elle lui demande de prendre elle-même l’appel sur son portable réservé aux "clients". Cela fera t’il sortir celle-ci de son monde virtuel et Caye pourra t’elle bénéficier du soutien de sa famille pour quitter la prostitution?
Comme les princesses auxquelles elle se compare, tellement sensibles qu’elles sentent, d’après elle , la rotation de la terre, Caye a toujours manqué d’équilibre, d’assise, son père n’est plus là pour y pallier. De quel côté va-t-elle tomber ? A-t-elle la possibilité d’en décider elle-même ?
Lora et Ed

Résumé
Caye et Zulema, prostituées dans les quartiers chauds de Madrid, ne se connaissent pas. La première se révolte contre son sort. Elle range dans une petite boîte en fer des billets de banque qu'elle économise patiemment. La seconde, immigrée dominicaine sans papiers, se sent perdue dans ce pays étranger et fait profil bas pour pouvoir nourrir son fils. Un jour, agressée par un client violent, Zulema est courageusement secourue par Caye. Les deux femmes se lient d'amitié et décident de prendre leur vie en main.
http://television.telerama.fr/tele/films/princesas,6499222.php
Commentaires
Le réalisateur nous fait partager le quotidien de deux jeunes femmes qui se prostituent à Madrid. Si le parcours de Zulema est tristement commun, puisqu’elle a fui la misère de son pays, la république dominicaine, celui de Caye est, de prime abord, moins compréhensible. Elle fait partie de celles dont certain-e-s disent qu’elles ont choisi.
Zulema a émigré clandestinement pour gagner de l’argent en Espagne, pour son jeune fils, resté au pays avec la grand-mère. Peut-être savait-elle que c’était pour se prostituer, sans savoir ce que ça impliquait vraiment. Elle survit, en ne refusant aucunes pratiques, en subissant des violences et des chantages, ne rêvant que de rentrer au plus vite avec de l’argent.
Caye vit dans une famille déstructurée. Le père est mort, la mère vit en marge du réel. Refusant la mort de son mari, elle lui a inventé une vie au loin et le matérialise par des fleurs qu’elle s’envoie elle-même.
Personne ne s’intéresse à la vie de Caye, elle ne se souvient d’aucuns moments agréables dont elle aurait pu garder la nostalgie. Elle ne cesse pourtant de donner des indices sur ses activités prostitutionnelles, comme des appels au secours inconscients, en vain. Caye rêve : qu’un homme qui l’aime l’attende à la sortie de son travail de bureau.
Les familles de Zulema et Caye ne sont pas au courant de leur activité. Il le faut pour ne pas être engloutie dans la prostitution et rester une femme qui se prostitue et pas une prostituée. Toutes les deux se disent d’ailleurs que c’est du provisoire.
On pourrait croire que ce film cède parfois à la tentation de l’esthétisation. Cependant, l’impression initiale que certaines scènes utilisent inutilement le nu - comme celle où Caye fait le ménage vêtue uniquement d’un tee-shirt au début du film - se révèle inexacte à l’analyse.
Caye est montrée exécutant froidement une « prestation sexuelle », en étant apparemment maîtresse de la situation, avec un corps-machine. La scène du ménage souligne le clivage entre le corps – insensibilisé - et l’esprit chez les personnes prostituées, condition indispensable de leur survie.
Ce film montre avec délicatesse l’envers du décor, ce que les "clients " ne veulent pas connaître car cela les empêcherait de continuer à objétiser ces femmes et donc à les utiliser, et que les femmes prostituées ne veulent pas leur montrer car c’est leur seule intimité : leurs peurs, leurs souffrances, leur dégoût aussi.
Il peut même y avoir des sentiments et c’est cette amitié qui naît entre Zulema la clandestine et Caye l’espagnole, qui les fait renouer avec leurs émotions et leurs ressentis, leur donne un poids existentiels et une conscience d’exister.
Caye rencontre Manuel, qui ne sait rien de sa vie, avec lequel elle noue une relation tendre. Elle est confrontée alors au choc très douloureux et sans doute décisif, de ses deux mondes, quand un "ancien client" lui impose une fellation dans les toilettes du restaurant où elle dîne avec Manuel.
Pour les deux jeunes femmes, la sortie de la prostitution est due à un évènement extérieur. Zuléma retourne chez elle parce que son test sida est positif et Caye, parce que Manuel lui offre une autre vie, où les femmes ne doivent pas avoir de gros seins pour être aimées (ou désirées, mais elle confond les deux comme la plupart des femmes dans ce milieu).
Constat amer peu optimiste, qui dit, in fine, qu’il est très difficile de sortir seule de la prostitution et très facile d’y entrer ou d’y revenir : il suffit d’une déception pour des femmes fragilisées.
La fin de ce film nous montre Caye mettre sans conteste sa mère devant la réalité puisqu’elle lui demande de prendre elle-même l’appel sur son portable réservé aux "clients". Cela fera t’il sortir celle-ci de son monde virtuel et Caye pourra t’elle bénéficier du soutien de sa famille pour quitter la prostitution?
Comme les princesses auxquelles elle se compare, tellement sensibles qu’elles sentent, d’après elle , la rotation de la terre, Caye a toujours manqué d’équilibre, d’assise, son père n’est plus là pour y pallier. De quel côté va-t-elle tomber ? A-t-elle la possibilité d’en décider elle-même ?
Lora et Ed
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